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Avant toute chose, il convient de préciser que cette publication s’appuie sur mes quatorze années d’engagement dans la gestion de la "sortie de crise" (2003-2010) ainsi que dans la "reconstruction post-crise" (2011-2018) en Côte d’Ivoire, avec une attention particulière portée à la dimension stratégique. Fort de cette expérience pratique en reconstruction post-crise, je souhaite partager mon analyse relative aux élections prévues en octobre 2025. Ces observations reposent exclusivement sur ma qualité de praticien.


Le titre de ce post reflète exactement le climat qui prévaut en Côte d’Ivoire dans cette période pré-électorale. « Fata Viam Invenient » signifie « les destins trouveront un chemin », c’est une formule latine attribuée à Virgile. Cette citation illustre que la destinée finit toujours par s’accomplir, même face aux difficultés, comme c’est le cas pour la Côte d’Ivoire malgré le spectre d’une crise électorale.


Les avis sont multiples sur le climat qui prévaut et bien trop souvent basés sur les émotions. Les acteurs politiques et analystes se lancent dans des joutes verbales et se retrouvent à renforcer le climat de tensions qui règne et qui s’intensifie plus on s’approche des échéances électorales.


L’on ne peut valablement anticiper les risques qui guettent les élections à venir, sans évaluer les 4 principaux piliers de la reconstruction post-crise (depuis 2011) que sont le pilier politique, le pilier social, le pilier économique et le pilier militaire.


Relativement au pilier politique, en dépit de la restauration des institutions républicaines, du renforcement de l’autorité de l’Etat, du dialogue politique et d’une stabilité politique, la réconciliation nationale reste incomplète et les tensions électorales montrent que la paix demeure fragile, dépendante du dialogue inclusif et du renforcement démocratique. 


Concernant le pilier social, la reconstruction post-crise en Côte d'Ivoire a posé des bases institutionnelles solides et lancé quelques initiatives importantes. Toutefois, le bilan reste mitigé : les indemnisations des victimes demeurent insuffisantes et la cohésion sociale peine encore à se consolider. Pour passer à une phase de guérison véritable, il faudra renforcer les mécanismes d’indemnisation, élargir les aides psychosociales et d’éducation, et instaurer un véritable logement social inclusif. 


Depuis la crise post-électorale de 2010–2011, la Côte d’Ivoire a opéré une reconstruction économique solide et accélérée. L’économie est redevenue l’une des plus dynamiques de la région grâce à la diversification des secteurs, l’essor des infrastructures, et une politique de consolidation macroéconomique. Cependant, pour transformer cette croissance en prospérité durable, les défis sociaux, environnementaux et institutionnels doivent être relevés. Le chemin reste donc prometteur, mais exigeant. 


Enfin, le pilier militaire, l’un des plus sensibles eu égard à la mutinerie de 2017, a connu une  transformation largement réussie sur la base d’une réforme du secteur de la sécurité, d’une programmation militaire et de la professionnalisation des forces aboutissant à une amélioration des conditions de travail, une rationalisation des effectifs, une normalisation des forces, un cadre budgétaire et juridique renforcé, une montée en gamme de la formation, un renforcement des équipements et des capacités (antiterroristes) et une résilience accrue face aux menaces transfrontalières. Aussi la capacité de projection intérieure des forces a été améliorée dans le Nord (zone opérationnelle Nord). Cependant des efforts restent à faire, notamment la consolidation de la chaîne RH/solde pour éviter de nouveaux mécontentements (mutineries/soulèvements instrumentalisés), l’accélération de la soutenabilité (maintenance, logistique, renseignement), et le renforcement des rapports civilo-militaires dans les zones frontalières. 


A la lumière de cette évaluation du processus de reconstruction post-crise, l’on ne s’étonne pas du climat qui prévaut dans cette phase pré-électorale. Le pilier politique et le pilier social sont les plus fragiles et constituent les germes de discordes et de risque élevé de tensions probables. Le pilier militaire bien que solide reste influençable par l’impact des 2 premiers.
Quand bien-même « les destins trouveront un chemin » en Côte d’Ivoire, le premier test de la maturité post-conflit sera la publication le 10 septembre de la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle d’octobre prochain. Ainsi 4 scénarii se dégagent et permettent de mieux comprendre les enjeux  et d’anticiper les risques :


En effet, le scénario 1 dit « scénario de la résignation » serait que le Président GBAGBO et Monsieur THIAM ne figurent pas sur la liste définitive, cela pourrait engendrer des heurts et des manifestations dans plusieurs localités de la part de leurs partisans. Cependant, ces manifestations si elles sont contenues, s’éteindraient d’elles-mêmes à l’épreuve du temps, la contestation se résignerait et n’impacteraient pas la tenue du scrutin présidentiel. Un président serait élu.


Le scénario 2 ou « scénario de la rupture », serait que si ces manifestations ne sont pas contenues par les forces de l’ordre, alors elles pourraient dégénérer et se transformer en contestation populaire des opposants avec des heurts ici et là entre partisans de l’opposition et partisans du RHDP, jusqu’aux élections et ainsi affecter la campagne présidentielle et empêcher la tenue de votes dans certaines localités. Cette impossibilité de voter dans plusieurs villes, aurait pour conséquence un report de l’élection présidentielle, avec un lot de revendications de l’opposition jusqu’à obtention d’une solution politique à la participation des exclus.


Le scénario 3 dit « scénario de la contagion » quant à lui, reposerait sur l’influence des pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) sur les forces de défense  ivoiriennes. En effet, à l’instar de leurs camarades maliens, burkinabés et nigériens, des militaires ivoiriens pourraient considérer que l’incertitude politique et le jeu des politiciens mettent en danger la nation et de ce fait décideraient de prendre le pouvoir dans la période électorale, face au risque d’embrasement du pays. Un tel scénario n’est pas à négliger eu égard à l’histoire de la Côte d’Ivoire (un historique de coups d’état).


Le scénario 4 ou « scénario de la conquête » serait exogène et serait davantage une posture opportuniste des groupes djihadistes qui profiteraient de l’instabilité électorale entre septembre et octobre, pour engager des percées aux frontières nord du pays afin de créer une psychose défavorable à la tenue du scrutin dans la moitié nord du pays. L’objectif principal étant de fragiliser le dispositif militaire de sécurisation et de concentrer les effectifs sur la lutte antiterroriste plutôt que sur la sécurisation des élections. L’on peut dire une stratégie d’usure en vue d’une conquête progressive du territoire. La contestation politique et les soubresauts divers permettraient à la mouvance terroriste de s’installer dans le désordre et de prospérer. Evidemment les élections ne se tiendraient pas.
 

Pour conclure, il y a aucune certitude, cette analyse vise à éclairer davantage l'opinion, en particulier ceux qui pensent que tout est acquis en matière de politique! Les conséquences d'une reconstruction post-crise inachevée sur certains plans, affectent de facto l'ensemble du processus électoral jusqu'à la tenue des élections présidentielles en octobre. Les 4 scénarii présentés ne sont pas exhaustifs et pourraient interagir également selon le contexte qui prévaudra. Rien n'est figé et rien n'est à négliger!

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