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Côte d'Ivoire: Un peu d'audace!

Publié par Jean-François CURTIS sur 19 Juin 2026, 11:48am

Catégories : #IA, #actualités, #afrique, #bonne gouvernance, #clash des idées, #coopération, #cote d'ivoire, #crise, #développement, #gouvernance, #information, #intelligence artificielle, #numérique, #politique, #prospective, #risques, #économie, #formation, #enseignement, #métiers, #emploi, #scenarios

Il y a une chose que personne ne veut dire à voix haute : la Côte d'Ivoire n'a pas un problème de croissance. Elle a un problème d'adéquation. Et ce n'est pas la même chose.

 

Le PIB franchit les 100 milliards de dollars en 2026. La note souveraine remonte. Les projections tiennent. Sur le papier, tout va bien, ou presque. Mais pendant ce temps, 35 % des jeunes de 16 à 35 ans sont NEET (ni en emploi, ni en éducation, ni en formation). Trois millions de jeunes, dont près de la moitié sont des jeunes femmes. Et le taux de chômage officiel, lui, affiche fièrement 2,3 %. Vous avez compris le paradoxe. Ce chiffre ne dit pas la vérité. Il dit simplement que dans une économie où l'informel absorbe neuf emplois sur dix, presque tout le monde "travaille", même ceux qui survivent à la marge d'un marché qui ne les a jamais vraiment intégrés.

Voilà le vrai visage du marché du travail ivoirien : une croissance forte en haut, une précarité massive en bas, et entre les deux, un appareil de formation qui tourne à contre-emploi.

 

**Le diagnostic est sans appel**

L'enseignement privé représente neuf établissements ETFP sur dix. Et que forme-t-il à 78 % ? Le tertiaire. Le commerce, la gestion, le secrétariat, la comptabilité d'exécution. Pendant que l'industrie réclame des techniciens de maintenance, des électromécaniciens, des soudeurs qualifiés, des techniciens froid, des opérateurs pétrole-gaz pour le projet Baleine. Ces profils-là sont introuvables. Littéralement. Ce n'est pas une figure de style.

Du côté de l'enseignement supérieur, on délivre environ 40 000 diplômés par an pour 8 000 postes de cadres disponibles. Un diplômé sur quatre seulement accède à un emploi de cadre. L'insertion immédiate plafonnait à 31,7 % en 2019. Ces chiffres ne sont pas des stigmates, ils sont des signaux. Le problème n'est pas la quantité. C'est l'orientation.

 

**Et l'IA dans tout ça ?**

Certains attendent que l'intelligence artificielle règle le problème d'emploi ou, à l'inverse, redoutent qu'elle ne l'aggrave. Ni l'un ni l'autre, du moins à court terme. Le FMI estime que 26 % seulement des emplois dans les pays à faible revenu sont exposés à l'IA, contre 60 % dans les économies avancées. La structure informelle de notre économie nous protège mécaniquement. Pour l'instant.

Mais attention au piège. Ce répit n'est pas une immunité. C'est une fenêtre. Et elle ne restera pas ouverte indéfiniment. Ce qui est certain, c'est que les métiers administratifs routiniers (saisie, secrétariat d'exécution, caisse, standard niveau 1, comptabilité d'entrée de gamme) sont déjà en train de rétrécir. Pas demain. Aujourd'hui. La numérisation fait le travail avant même que l'IA générative n'entre véritablement dans nos entreprises.

 

**Alors, que faire ?**

Trois orientations s'imposent. D'abord, pivoter l'offre vers l'industriel et le numérique, sans brutalité, mais sans complaisance. Contingenter les filières tertiaires saturées. Créer des cursus là où la demande est réelle : maintenance 4.0, énergies renouvelables, data, cybersécurité, agro-transformation, géosciences. Ensuite, ne plus séparer formation et entreprise. Le PIETP 'Pacte Industrie-Enseignement Technique et Professionnel) développer par le Ministre Délégué chargé de l'Enseignement Technique est un levier. Pas une promesse de plus. Le mettre à l'échelle est une urgence. Enfin, intégrer l'alphabétisation à l'IA et aux données comme socle transversal (du CAP au master). Pas comme une filière de luxe réservée aux grandes écoles. Comme une compétence de base, au même titre que lire et compter.

 

**Un mot pour les étudiants**

Si vous lisez ceci et que vous êtes en pleine orientation, voici ce que les données disent : les filières qui recrutent et qui résistent sont celles qui combinent expertise technique, jugement humain et maîtrise des outils numériques. Ce n'est pas la filière la plus facile. C'est la filière qui a un avenir. Fuyez les cursus surchargés qui forment à des métiers qui rétrécissent. Choisissez là où la demande est documentée, pas là où l'inscription est commode.

 

La Côte d'Ivoire a tout ce qu'il faut pour transformer son dividende démographique en avantage compétitif réel. La croissance est là. La volonté politique, aussi. Ce qui manque, c'est l'alignement entre ce que nous formons et ce que nous construisons. Mon rapport sur les métiers et cursus en Côte d'Ivoire le dit avec des données. Il reste à le faire avec des décisions.

*Fortuna audaces iuvat.* La fortune sourit aux audacieux. Encore faut-il savoir dans quelle direction courir.

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*Source : Rapport CURTIS sur les Métiers et Cursus en Côte d'Ivoire, Horizon 2026-2036

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