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La Côte d'Ivoire s’est dotée d'une Stratégie Nationale de l'Intelligence Artificielle à l'horizon 2030. L'initiative est louable et je tiens d'emblée à le souligner : il vaut mieux une stratégie imparfaite qu'une absence de vision. Trop de nos états naviguent à vue, dans la réaction permanente, là où l'anticipation devrait régner. 


Mais vous me connaissez. Mon rôle n'est pas d'applaudir, il est d'ouvrir le champ des possibles et de déclencher la prise de conscience. Alors posons la vraie question : cette stratégie nous rend-elle souverains, ou souverains en apparence seulement ?


Le document brandit le mot "souveraineté numérique" à chaque page. Or, dans le même souffle, il appelle les multinationales à construire nos centres de données, les universités étrangères à certifier nos diplômes, les géants technologiques à nous fournir nos supercalculateurs et à former nos talents. Voyez-vous le paradoxe ? On ne délègue pas sa souveraineté à ceux qui ont tout intérêt à entretenir notre dépendance. C'est la politique de la "main tendue" repeinte aux couleurs de l'innovation. Le colonialisme numérique 2.0 ne s'imposera pas par la force, il s'installera par contrat, avec notre consentement et nos remerciements.


Soyons honnêtes entre nous. Le problème n'est pas la France, la Chine ou les États-Unis. Le problème, comme toujours, c'est nous. Notre tendance à adopter avant de créer, à réguler ce qui n'existe pas encore, à empiler les comités de gouvernance avant même d'avoir formé un seul ingénieur. La stratégie consacre des dizaines de pages à des cadres, des labels et des autorités de surveillance. Mais combien de pages sur la manière concrète de fabriquer notre propre IA ? Mettre la charrue avant les bœufs, voilà notre mal récurrent.


Et pourtant, tout n'est pas perdu. Le document contient une pépite, trop peu commentée : le développement d'un modèle de langage en langues ivoiriennes. Voilà la vraie souveraineté ! Pas uniquement des datacenters, mais dans notre capacité à faire parler nos machines en baoulé, en bété, en dioula. Là réside notre champ des possibles, notre influence décomplexée.
Pour rester fidèle à ma méthode, je propose ce qui suit :


1/ Créer avant de réguler. Former d'abord nos formateurs, nos chercheurs, nos ingénieurs. Une stratégie qui veut former 5000 jeunes sans dire avec quels formateurs reste un vœu pieux.
2/ Chiffrer la vérité. Aucune stratégie crédible ne tient sans budget consolidé. Combien coûte cette ambition, et qui paie quoi ? Tant que cette question reste sans réponse, nous sommes dans la déclaration d'intention, pas dans l'action.
3/ Faire du modèle de langage local notre priorité nationale absolue. C'est notre arme d'influence régionale. Ce que nous créons nous appartient. Ce que nous importons nous lie.
4/ Penser les résistances. Toute transformation menace des intérêts. La stratégie qui n'identifie pas ses résistances se condamne à les découvrir trop tard.


Je suis de cette génération d'Africains qui refusent de regarder dans le rétroviseur pour justifier l'inaction. L'intelligence artificielle est une opportunité historique. Mais une opportunité saisie à moitié devient une dépendance. À nous de choisir. Prenons-nous en main, enfin.
 

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