La COP17 de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification s’est ouverte ce lundi à Oulan-Bator. Douze mille participants, les délégations des 197 Parties, un thème (« Restaurer les terres, restaurer l’espoir ») et douze jours pour faire plus que Riyad (COP16 CNULCD).
Le pays hôte a ses raisons d’y tenir : près de 82 % du territoire mongol est dégradé. La présidence mongole a adossé sa conférence à l’Année internationale des parcours et des pasteurs. Mais l’enjeu réel de ces deux semaines est ailleurs, et il concerne l’Afrique au premier chef.
L’enjeu africain :
En décembre 2024, le mandat présidentiel de la COP15 s’est achevée sans réponse à la seule question qui comptait : le monde se dote-t-il d’un instrument juridiquement contraignant sur la sécheresse, ou d’un cadre volontaire de plus ? Faute de consensus, les Parties à la COP16 de Riyad, ont renvoyé la décision à la COP17 d'Oulan-Bator, sur la base d’une annexe qui, de son propre aveu, ne reflétait aucun accord.
Ce dossier n’est pas tombé du ciel. Le Groupe de travail intergouvernemental sur la sécheresse a été créé à Abidjan, en mai 2022, par décision de la COP15 (sous présidence ivoirienne). Son rapport, remis à Riyad, est à l’origine exacte du débat qui s’ouvre aujourd’hui. Autrement dit : la Côte d’Ivoire a ouvert le chantier, d’autres poursuivront l’œuvre.
La position africaine, elle, est claire. Les ministres africains de l’Environnement, réunis à Abidjan, avaient déjà réclamé un protocole contraignant assorti d’une attention particulière au continent. À la veille d’Oulan-Bator, le Nigeria et ses partenaires du Groupe africain des négociateurs confirment cette ligne : instrument contraignant sur la sécheresse et financements. Le Groupe Afrique arrive avec une demande, un mandat et un rapport de force. Son poids dans la phase finale sera déterminant.
L’héritage de la Présidence de la COP15 d’Abidjan :
Rappelons ce que la présidence ivoirienne a laissé. Trente-six décisions adoptées par consensus, près de 7 000 participants, l’Appel d’Abidjan porté par les chefs d’État dès l’ouverture, la Déclaration « Terre, Vie et Héritage » et son Programme Héritage de 1,5 milliard de dollars sur cinq ans, la Déclaration d’Abidjan sur l’égalité des genres dans la restauration des terres. Deux groupes de travail intergouvernementaux créés : celui sur la sécheresse et celui sur l’évaluation à mi-parcours de la Convention.
Sur les deux années de mandat, à l’actif du Président de la COP15, Monsieur Alain-Richard DONWAHI : Une Convention plus connue (CNULCD), 51 missions à l’étranger, 16 protocoles d’accord avec le secteur privé et les institutions, la première déclaration conjointe de l’histoire entre les Présidences des trois Conventions de Rio (Climat, Biodiversité et Désertification), l’adhésion du pays à l’Alliance Internationale pour la Résilience à la Sécheresse, la création de la Fresque Désertification (jeu de sensibilisation à la lutte contre la dégradation des terres). Au plan national, la Commission nationale de lutte contre les changements climatiques, créée par décret en juin 2024.
Ce bilan n’est pas contestable. Ce qu’on en a fait, si.
L’angle mort :
La présidence ivoirienne s’est achevée le 2 décembre 2024, à Riyad. Depuis, la Côte d’Ivoire a préparé la COP17 comme elle prépare n’importe quelle conférence : lancement des travaux préparatoires le 30 avril 2026 par le ministre de l’Environnement, réunion d’information le 7 juillet, feuilles de route présentées par le point focal national de la Convention. Rien à reprocher à ce dispositif, sinon ce qu’il ne contient pas.
Nulle part, dans l’architecture publique de cette préparation, n’apparaît celui qui a présidé les 197 Parties pendant deux ans. Ni dans la conduite de la délégation ivoirienne, ni dans le dispositif de négociation sur un instrument sécheresse dont il connaît la généalogie, les blocs, les lignes rouges et les rédacteurs. Quatre ans après Abidjan, il ne reste de la présidence de la COP15 ni structure, ni doctrine, ni mécanisme de transmission. Un cabinet a fermé, un siège a été rendu, une mémoire s’est dispersée.
Une présidence de COP n’est pas une distinction protocolaire. C’est un carnet d’adresses, un gage d'influence, une connaissance intime des positions et la mémoire des textes. Cela ne se remplace pas par une note technique. La Côte d’Ivoire a présidé une conférence mondiale, en a tiré un capital diplomatique réel, puis l’a laissé s’évaporer faute d’avoir décidé quoi en faire.
Les mesures correctives :
1. Rattacher l’expertise à la délégation, maintenant. La COP17 court jusqu’au 28 août et l’essentiel se joue la deuxième semaine. Un mandat d’Envoyé Spécial ou de Conseiller Spécial de la délégation pour la phase finale reste techniquement possible cette semaine. Le coût est nul ; le gain est immédiat.
2. Ancrer institutionnellement l’héritage d’Abidjan. Une structure légère (haut-commissariat, délégué interministériel, peu importe le nom) chargée du suivi des décisions de la COP15, du Programme Héritage et de la représentation du pays dans les instances « terres ». Rattachement au sommet de l’État, mandat écrit, rapport annuel public.
3. Écrire la doctrine ivoirienne sur l’instrument sécheresse. Deux pages : ce que la Côte d’Ivoire soutient, ce qu’elle refuse, et son scénario de repli (par exemple une décision-cadre politique) à Oulan-Bator adossée à un processus de négociation borné dans le temps jusqu’à la COP18. Sans doctrine écrite, une délégation suit ; elle ne pèse pas.
4. Rendre compte du Programme Héritage. L’écart entre l’objectif initial de 1,5 milliard de dollars et les montants annoncés depuis doit être documenté, décaissements à l’appui. La crédibilité d’Abidjan se joue là, davantage que dans n’importe quel discours.
5. Poser une règle de capitalisation. Tout Ivoirien sortant d’un mandat international est débriefé, ses réseaux versés à un dispositif national, son expérience réemployée. La séquence 2026 (Oulan-Bator, Erevan en octobre, Antalya en novembre) offre l’occasion de tester cette règle sur les trois Conventions de Rio.
6. Conduire les délégations ivoiriennes des COP mondiales. Le Président de la COP15 Désertification pourrait sur la base de son expérience et de sa haute fonction internationale, conduire toutes les délégations qui participent aux COP mondiales. Ainsi il serait chef de Délégation et renforcerait l'influence de la Côte d'Ivoire.
Abidjan a écrit une page de l’histoire de cette Convention. Oulan-Bator en écrit la suite, et la Côte d’Ivoire y sera présente sans y être décisive. Ce n’est pas une fatalité : c’est un choix par défaut. Il peut encore être corrigé, mais pas indéfiniment, la mémoire d’une négociation a une durée de vie, et elle est plus courte qu’on ne le croit.
P.S: J'ai occupé la fonction de Conseiller du Président de la COP15 Désertification et c'est en cette qualité, que je partage mon point de vue sur la capitalisation de cette expérience exceptionnelle pour la Côte d'Ivoire.