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Publié par Jean-François CURTIS

 

Le jeudi 06 avril 2017, se tenait à Abidjan, au Radisson Blu, la conférence risque pays organisée par le cabinet Bloomfield, spécialisé en notation financière. Cette conférence a vu la participation de nombreuses personnalités et d'organismes du secteur privé et de l'Etat. Une présentation a été faite des résultats de l'évaluation risque pays Côte d'Ivoire 2017, à travers l'analyse des performances économiques, financières et socio-politiques, au titre de l'année 2016.

Cette étude transversale a permis de mettre en exergue la "santé de la Côte d'Ivoire" d'un point de vue de la bonne gouvernance, en lui attribuant une note générale de 6.1/10. Cette note reflète des insuffisances à combler urgemment. Les secteurs dits "faibles" sont "la solidité du système financier" avec une note de 5.5/10 et le "risque socio-politique évalué à 5/10. Le secteur dit "fort" demeure "les performances macroéconomiques", évaluée à 8/10. Aussi est-il important de souligner le caractère réaliste de cette évaluation, réalisée sans complaisance. En outre, ce réalisme traduit le professionnalisme du cabinet Bloomfield et son indépendance en matière de notation.

Nous avions le 04 mai 2015, consacré un article à la notion de "notation stratégique" en rappelant l'urgence d'une appropriation nationale et régionale de ce principe qui trop souvent se focalise sur la notation financière. Pour rappel, nous appelons "notation stratégique", le principe qui consiste à établir un classement de pays, sur la base d'une notation des secteurs dits stratégiques tels que la sécurité, la défense, l'exposition au terrorisme, les finances, l'économie, la bonne gouvernance, la santé, etc... Ainsi, la notation stratégique permet d'estimer le risque que prend un investisseur, à s'implanter dans un pays en se basant sur l'environnement sécuritaire par exemple. Cette notation peut prendre la forme d'indices de sécurité, de gouvernance, de santé ou autre. Il s'agit donc d'un ensemble de paramètres, dont la moyenne permet de classer un pays en termes de "fréquentabilité" et d'attractivité.

De plus, il est ressorti de cette conférence, que les cabinets internationaux spécialisés en notation financière ont tendance à utiliser des critères de notations, qui bien souvent sont incomplets car conçus à l'origine pour des états dits "stables et développés". La question de l'appropriation africaine du principe de notation demeure centrale. Comment noter un état qui n'a jamais connu de crises politico-militaires et le comparer à d'autres états qui sont en phase de sortie de crise ou post-crise?

Il apparaît donc essentiel, d'adapter la question de la notation stratégique ou évaluation risque pays, en reconsidérant les paramètres de notation. Des paramètres davantage réalistes et adaptés à la réalité du continent s'imposent de fait. Une approche africaine serait donc plus en adéquation avec le contexte des états notés et viendrait compléter les notes attribuées par des organismes internationaux comme Moodys, Fitch Ratings, Institute for Economics and Peace, Transparency International, etc.

Ainsi, nous recommandons que les points suivants soient pris en compte afin de renforcer l'évaluation du risque pays en Afrique mais aussi pour améliorer la notation stratégique des états africains : 1/ Intégrer comme paramètre de calcul, le paramètre "performance des mécanismes de sortie de crise ou postcrise" ainsi que le paramètre "gouvernance du secteur de la sécurité nationale"; 2/ Favoriser l'appropriation nationale du risque pays, par la création de mécanismes nationaux de notation stratégique de l'action gouvernementale; 3/ Créer un système de notation stratégique sou-régional (CEDEAO, etc.) qui noterait tous les pays africains dans les secteurs jugés stratégiques, nécessitant un suivi/évaluation.

 

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