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Publié par Jean-François CURTIS

Terrorisme: la radicalisation à surveiller!

L'humanité vient une fois de plus, d'être frappée lâchement en recevant un énième coup de poignard dans son dos. Cette fois-ci c'est Nice, en France qui compte 84 morts et une centaine de blessés, dont 54 enfants admis dans les hôpitaux niçois. A l'heure d'un rapport parlementaire qui interroge l'efficacité de l'effet dissuasif de l'opération "sentinelle" qui déploie plus de 10000 militaires, cette attaque vient conforter l'idée du maintien de "sentinelle" et surtout de ses effectifs qui devaient passer de 10000 à 7000 hommes selon l'état major français. D'ailleurs, le président français à annoncer la mobilisation de la réserve opérationnelle, pour compléter les effectifs de "sentinelle".

Une fois encore, la question n'est pas l'efficacité du dispositif de prévention et de répression, mais bel et bien l'évolution des modes opératoires des terroristes. Comment s'adapter à ces modes opératoires évolutifs et imprévisibles, en dépit d'annonces faites ici et là par Daesh quant à l'utilisation de différents modes opératoires?

Le débat n'est donc pas exclusivement dans la réponse "armée", en questionnant l'adaptation des forces d'élite à ce type de menace ou de mode opératoire, mais davantage en révisant la stratégie de contre-radicalisation et de lutte contre toutes formes d'extrémismes violents.

La prévention et l'éducation demeurent donc l'arme absolue dans cette lutte contre-terroriste.

A l'heure où nous écrivons ce post, l'attentant de Nice n'a pas encore été revendiqué cependant Daesh préconisait déjà en septembre 2014, l'utilisation de véhicules comme armes de guerre pour faucher des innocents en masse. Le chauffeur du camion qui rentre dans la catégorie des "loups solitaires" serait selon des sources policières d'origine franco-tunisienne.

Les services de renseignement et les unités spécialisées, chargées de la lutte contre-terroriste sont à féliciter, pour leur mobilisation permanente et leur capacité de résilience face à des attaques et des remises en cause de l'efficacité de leurs actions…certains, trouveront encore l'audace de poser la question suivante : « pourquoi cet attentat n'a-t-il pas été déjoué ? ».

Et pourtant, les services de renseignements et les forces spécialisées, se sont considérablement adaptées à l'évolution de la menace, ce qui explique le faible taux d'attentats sur le sol français. D'ailleurs, M. Patrick Calvar, Directeur de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI), a clairement annoncé qu'il craignait une "confrontation entre l'ultra droite et le monde musulman", en soulignant la radicalisation de la société, propos tenus devant la commission de la défense nationale de l'assemblée nationale française.

Pour en venir au continent africain, Boko Haram a fait selon Amnesty International, à l'extrême nord du Cameroun, 500 morts civils, dans 46 attentats-suicide entre juillet 2015 et juillet 2016. Ce décompte macabre, bien que supérieur à celui des attentats perpétrés en France depuis 2015, nous montre l'étendue des dégâts tant psychologiques que physiques des attentats. La question est donc, de savoir s'il sera possible d'enrayer la machine de la terreur et combien de victimes fera-t-elle de plus ? Les leçons apprises des attentats en Afrique et ailleurs dans le monde, sont nombreuses mais nécessitent pour leur prise en compte une mobilisation régionale forte, axée sur la mutualisation des moyens tant financiers, matériels, qu'humains pour lutter contre le terrorisme.

L'une des leçons majeures de la mobilisation française après cet attentat à Nice, est justement le dispositif de prise en charge des victimes et l'organisation de la riposte citoyenne à travers les réseaux sociaux, notamment avec l'activation de la procédure « safety Check ». La mise en place de la cellule de crise et la tenue du conseil de sécurité et de défense dans des délais raisonnables, est à répliquer dans nos schémas. Une fois de plus, la technologie est à l'honneur avec la prise en compte de logiciels de gestion de crise, qui permettent une coordination de l'action de crise et un suivi sans pareil, pour une prise en charge efficace des victimes et une prise de décision optimale.

Les risques de radicalisation de toutes natures et d'extrémisme violent constituent donc, les véritables enjeux pour nos sociétés. En effet, "l'extrémisme" appelle "l'extrémisme", que dire du risque de prolifération de milices armées ayant pour objet de contrecarrer la montée du terrorisme transnational?

Nous sommes convaincus que la solution réside dans l'anticipation des menaces et dans leur meilleure compréhension, par un renseignement plus fort et plus ciblé. Enfin, nous suggérons que les recommandations ci-après face l’objet d'une attention particulière pour la prévention de la radicalisation en Afrique:

  • Créer une coalition sous régionale des confessions religieuses pour la prévention de la radicalisation et la condamnation du terrorisme ;
  • Encourager le partage de bonnes pratiques et d'expériences dans le cadre de la lutte antiterroriste au niveau des sociétés civiles de la CEDEAO ;
  • Régler définitivement la crise politique au Mali pour sauvegarder la paix sous régionale et freiner l'expansion du terrorisme ;
  • Adopter une stratégie multisectorielle de contre-influence pour endiguer la propagande terroriste ;
  • Poursuivre la mise en œuvre des lois de programmation militaire et sécuritaire en vue de renforcer les capacités d'intervention des unités spécialisées ;
  • Renforcer les moyens des départements chargés de la collecte et l'exploitation du renseignement ;
  • Renforcer la coopération civilo-militaire pour prévenir le terrorisme;
  • Impliquer les communautés dans la prévention de la radicalisation et la lutte antiterroriste à travers des mécanismes de collaboration et d'échanges ;
  • Relever au niveau national le niveau d'indice de développement humain (IDH) pour endiguer les facteurs propices à la radicalisation et au terrorisme ;
  • Accélérer la mise en place diligente des mécanismes nationaux d'alerte précoce prévus par la CEDEAO pour prévenir les menaces sécuritaires ;
  • Encourager la création du centre régional de lutte antiterroriste prévu par l’UEMOA ;
  • Harmoniser les législations nationales en matière de lutte contre le terrorisme tant pour protéger les citoyens que pour faciliter l'action de prévention et de répression des forces de sécurité.
  • Surveiller et sécuriser spécifiquement les lieux de cultes de toutes confessions;
  • Renforcer les capacités des armées de la CEDEAO dans la détection de signes de radicalisation et dans sa prévention.
  • Établir un programme sous-régional de lutte contre la radicalisation et l'extrémisme violent au sein des institutions chargés de la sécurité et de la défense;
  • Inclure dans les écoles et les collèges des programmes de sensibilisation aux risques de radicalisation et d’extrémisme violent.

Par Jean-François CURTIS.

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