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Publié par Jean-François CURTIS

Ebola: Une tragédie pour l'Afrique, une honte pour le monde...lorsqu'un africain meurt quelque part, c'est en Nous, l'Humain qu'il meurt!

El Hadji Gorgui Wade Ndoye, correspondant aux Nations Unies à Genève, Journaliste.

El Hadji Gorgui Wade Ndoye, Journaliste, Rédacteur en chef de site www.continentpremier.com

El Hadji Gorgui Wade Ndoye, Journaliste, Rédacteur en chef de site www.continentpremier.com

Après avoir écouté Gorgui Ndoye lors de son intervention dans l'émission "Infrarouge" sur la RTS dédiée à Ebola et diffusée le 14 octobre 2014, il m'est apparu essentiel de revenir sur cette "méga-crise" causée par Ebola, car depuis la publication de mon article le 16 octobre dernier, peu de choses ont évolué en réalité. M. Gorgui Ndoye s'est offusqué de plusieurs inconsistances dans la prise en charge de l'épidémie. Il a dénoncé plusieurs dysfonctionnements comme la tardive réaction internationale, en dépit du rôle primordial d'alerte joué par Médecins Sans Frontières (MSF), aux premières heures de l'épidémie en décembre 2013.

L'intérêt de cette article, est une fois de plus de tirer sur la sonnette d'alarme pour que la conscience mondiale, si elle existe, puisse se manifester de façon concrète et visible. Il est de notre "devoir citoyen" à tous, de partager cet article, dans un but de plaidoyer et de sensibilisation. Le temps passe, les morts avec et nul n'est à l'abri.

Ebola est une épidémie aux conséquences multiformes et complexes. Dans mon article consacré aux "leçons apprises", j'ai fait un constat édifiant quant à l'échec de la mobilisation collective dans la lutte contre Ebola mais j'ai surtout mis en exergue des stratégies de lutte concrètes et pragmatiques.

C'est à travers cinq conséquences majeures de l'épidémie, que je vais démontrer une fois de plus, l'urgence de la réponse mondiale, mais surtout l'impérieuse nécessité d'une responsabilité et d'une lucidité africaine.

1/ La crise sanitaire:

Le système de réponse sanitaire international est défaillant car il n'est pas à l'échelle des enjeux, pour preuve l'incapacité de déployer rapidement du personnel médical (médecins, ect.) pour soutenir l'effort des pays touchés. Mieux, Ebola a paralysé les systèmes de santé des pays affectés qui déjà étaient dans des phases critiques de reconstruction et de refonte. La mobilisation en termes de personnels médicaux étrangers est une catastrophe à ce jour. En effet, quelques pays comme Cuba et l'Ouganda ont pu dépêcher du personnel médical qui fait criardement défaut au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée.

L'impact humanitaire et alimentaire, lui aussi n'est pas en reste pour preuve la stigmatisation permanente des familles affectées et l'insuffisance alimentaire en cours dans les pays touchés.

2/ La crise de confiance:

Sur ce point, il faut dire que la stigmatisation des malades d'Ebola et des ressortissants des pays affectés est une réalité déconcertante. Il ressort de plusieurs témoignages en occident, qu'il y aurait une montée d'un sentiment de méfiance et de rejet vis à vis des populations sus-mentionnées. Pire, la mobilisation des personnels médicaux étrangers est un vrai calvaire du fait du facteur "peur", justifié entre autre par les chiffres de l'OMS, à savoir 433 personnels de santé infectés et 244 personnels morts. Il découle de tout ceci, l'émergence d'une psychose collective autour d'Ebola et d'une méfiance accrue.

3/ La crise politique:

L'aspect politique est souvent négligé dans cette crise. En effet, les pays disposant des ressources nécessaires tant humaines que financières et matérielles, s'engagent timidement dans la lutte contre Ebola.

C'est tout simplement la volonté politique qui fait défaut dans la lutte contre l'épidémie et le meilleur indicateur de cette insuffisance de volonté politique est la tardive réaction des pays "riches" pour fournir une aide considérable aux pays touchés. Ce retard dans la mobilisation sanitaire tranche avec la mobilisation des pays occidentaux en quête de marchés et de ressources lorsqu'il s'agit de l'attractivité économique du continent africain.

Par ailleurs, des promesses d'aides de tout type ont été faites, assorties de déclarations officielles pour annoncer des financements et du matériel médical. Mais qu'en est-il aujourd'hui? Il semble que la communauté internationale manque d'efficience sur cette question.

4/ La crise éthique:

Ebola pose un problème d'éthique du fait que les premiers malades soignés à l'aide de vaccins expérimentaux sont des occidentaux (une dizaine). Pourquoi avoir administré des vaccins expérimentaux à des malades occidentaux et pas aux malades des pays affectés plus tôt dans l'année?

Bref éthiquement qu'on le veuille ou non, une vie est une vie et ce peu importe son origine. Il aurait été judicieux et juste de tester ces vaccins expérimentaux sur les malades africains dès le début de l'épidémie.

5/ La crise économique:

L'impact économique tant dans les pays affectés que dans les pays de la sous-région est considérable. En effet, les pays gravement affectés comme le Liberia, sont dans des phases de reconstruction post-crise et peinent à se relever économiquement. Ebola a réduit en l'espace de quelques mois, tous les efforts de relèvement économique consentis. Les pays de la sous-région eux aussi ressentent les effets de cette épidémie sur l'activité touristique entre autre.

Recommandations:

a) Ebola est une occasion tragique et douloureuse pour les pays africains de faire preuve de responsabilité, de solidarité et d'efficience. En effet, il est urgent que l'Union Africaine (UA) organise une collecte de fonds des pays membres pour financer la recherche dans le cadre de la lutte contre Ebola mais aussi la mobilisation des ressources materielles et humaines y afférent.

b) De généreux donateurs africains (grandes entreprises africaines, etc.) pourraient se mobiliser, notamment les chefs d'états africains, pour extraire de leurs fonds de souveraineté, des sommes conséquentes pour cette lutte contre l'épidémie qui endeuille des milliers de familles africaines.

c) Les banques régionales comme la BOAD ou la BAD, pourraient au delà des financements mis à disposition pour la lutte contre l'épidémie actuelle, s'engager à financer la création de plateaux techniques performants ainsi que la recherche africaine.

d) Enfin, il serait souhaitable que l'UA et les organisations sous-régionales tiennent une conférence africaine sur "la mise en place d'un système de réponse sanitaire africain pour les épidémies (Ebola, etc.) et maladies graves (paludisme, SIDA, drépanocytose, etc.) avec notamment la création d'un "plateau technique" adéquat pouvant faire face à des crises majeures.

 

 

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