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Publié par Jean-François CURTIS, le 16/12/2015

Evaluer la performance d'un pays au 21ème siècle, c'est aussi admettre le caractère transversal du développement d'un état. En effet, le développement est multiforme et suffisamment complexe, pour être réduit à deux indicateurs classiques que sont : l'économie et les investissements. La notation stratégique est inclusive et intègre la gouvernance économique, la corruption, la sécurité, le terrorisme, l'économie, les investissements, les finances, la pauvreté, l'éducation, la prospérité, etc. Tous ces champs se résument d'ailleurs, en trois mots: Indice de Développement Humain. Cet indice introduit dans les années 90 par le PNUD, traduit avec clarté ce qu'est le développement d'une nation. 

Contrairement à bien des indices de développement, qui sont spécifiques à des domaines, l'IDH du PNUD est transversal. Nous avons donc, identifié un ensemble d'indices, certains plus généraux que d'autres, pour évaluer la performance de la Côte d'Ivoire (CI), dans des secteurs rarement couverts à l'échelle nationale. L'objectif de cette évaluation, est de montrer sur la base d'indicateurs objectifs et internationaux, que la Côte d'Ivoire progresse certes dans des domaines, que nous n'allons pas à nouveau examiner (économie, infrastructures, services, investissements, etc.) mais qu'il serait utile d'identifier les contre-performances, notamment en matière de bonne gouvernance, de corruption, d'insécurité alimentaire, de sécurité, etc. Ceci, en vue d'attirer l'attention des dirigeants sur leur responsabilité, à apporter des solutions concrètes à ces contre-performances!

Nous avons donc, regroupé au sein du tableau ci-après, 08 indices spécifiques qui couvrent des champs variés mais complémentaires, pour avoir une vue plus objective de la situation en Côte d'Ivoire:

Organisation

Indice

Secteurs

Classement CI

Fondation Mo Ibrahim

L’Indice Ibrahim de la Gouvernance en Afrique (IIGA) 2015

Bonne gouvernance multisectorielle

35/54

Institute for Economics and Peace

L’Indice de Paix Mondial (IPM) 2015

Sécurité, defense, conflits internes…

105/162

Institute for Economics and Peace

L’Indice de Terrorisme Mondial (ITM) 2015

Impact du terrorisme

58/124

Banque Mondiale

Doing Business 2016

Affaires, investissements

142/189

Transparency International

Corruption Perceptions Index 2014 (CPI)

Corruption dans le secteur public

115/175

Legatum Institute

Legatum Prosperity Index 2015 (LPI)

Prospérité, multiples indicateurs

118/142

ACTED

Indice de Faim dans le Monde 2015 (GHI)

Sous-alimentation, mortalité infantile, etc.

71/104

PNUD

Indice de Développement Humain (IDH) 2015

Développement Multiples indicateurs

172/188

 

Une analyse de ce tableau, fait ressortir une tendance qui est à l'opposé de l'euphorie générale qui consiste à présenter la Côte d'Ivoire comme un pays "émergent"! En effet, même le classement "Doing Business" qui certes, reflète un progrès dans l'amélioration du climat des affaires, nous invite à plus de retenue: 142/189, c'est tout sauf un classement honorable. Les cinq prochaines années, seront déterminantes pour confirmer ou infirmer cette tendance. Pire, le classement de la CI au niveau de l'Indice de Prospérité Legatum, 118/142, fait du pays un mauvais élève, lorsqu'il s'agit de développement humain. En effet, cet indice lui aussi mesure le niveau de développement humain, traduit en prospérité! L'IDH du PNUD vient lui aussi, conforter cette tendance pour la Côte d'Ivoire à être à la traîne, avec un classement de 172/188. L'Indice de Paix Mondial, lui aussi classe la CI parmi les pays fragiles d'un point de vue sécuritaire, 105/162. Relativement aux questions de bonne gouvernance, l'Indice Ibrahim, classe la Côte d'Ivoire à la 35ème place/54. En dépit d'une nette amélioration (+5 places) comparé au classement 2014 (40ème), le pays reste toujours à la traîne dans ce secteur. Concernant la lutte contre la corruption, Transparency classe la CI à la 115ème place/175. Beaucoup reste à faire en matière de lutte contre la corruption. D'ailleurs, un paradoxe naît du fait d'un environnement propice aux affaires selon le Doing Business et une forte propension à la corruption selon d'autres organismes! Enfin, l'indice le plus inquiétant, est celui relatif à la faim. ACTED classe la Côte d'Ivoire à la 71ème place/104 pays. Un pays "émergent" peut-il être aussi défaillant sur les questions touchant à la vie et au bien être de sa population?

Nous l'avions déjà dit, l'émergence est une notion qui se fixe avant tout dans les esprits, puis dans les faits. En effet, il n'y a qu'une nation éprise de civisme et de bonne gouvernance qui peut aspirer à l'émergence, dans toutes ses dimensions. Tous ces indices cités précédemment, confirment cette idée, qui prône l'émergence "humaine" avant l'émergence "économique". Le développement c'est d'abord mettre l'humain au coeur de la réflexion et des réalisations. Le développement et l'émergence, sont un état d'esprit avant d'être des projets! La Côte d'Ivoire pour effectivement devenir émergente, devra dans les années à venir, veiller à une effective redistribution des richesses et mettre l'accent sur le social et la réconciliation! Seule une classe moyenne forte, une nation unie et un taux de pauvreté faible, reflètent une saine gouvernance, une stabilité et une saine redistribution des richesses. D'ailleurs, le PNUD à travers l'IDH, a prouvé que croissance économique ne rime pas nécessairement avec développement humain! Le Plan National de Développement (PND 2016-2020), récemment adopté en Conseil des Ministres, devra tenir compte des faibles performances du pays dans bien des secteurs pour être viable et cohérent. C'est à ce prix que la Côte d'Ivoire sera effectivement émergente et sortira définitivement de sa phase post-crise!

A la lumière de ce qui précède, nous recommandons pour chaque secteur, la création d'un indice national qui permettra aux organismes nationaux spécialisés d'évaluer les performances du pays. Ainsi, l'on pourrait imaginer que la Haute Autorité à la Bonne Gouvernance, créé un indice de bonne gouvernance publié chaque année et qui classerait les administrations selon l'éthique,  la déontologie, la transparence, le niveau de corruption, etc. Cette activité de notation stratégique, devrait idéalement être conduite par des structures indépendantes (ONG, think-tanks, etc.) spécialisées, pour assurer l'impartialité d'une telle évaluation mais malheureusement, ces structures africaines, de notation stratégique sont rares. Lorsqu'elles existent, elles sont essentiellement engagées dans la notation financière exclusivement. N'oublions pas que la notion de "risque-pays" va bien au-delà des questions financières!