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Publié par Jean-François CURTIS

Les conflits armés de ce siècle, bien que relativement constants dans leurs formes, connaissent une véritable révolution depuis l'avènement de l'Etat Islamique et des divers mouvements terroristes à l'instar de Boko Haram et plus récemment de Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin, le «Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans». La sociologie de la guerre ou encore l'étude des conflits est-elle en pleine refonte? La polémologie en tant que discipline, a-t-elle su évoluer et s'adapter à ces nouvelles donnes? 

Gaston Bouthoul, français, docteur en droit et philosophie est le fondateur de la polémologie. C'est en 1945, qu'il introduit officiellement la notion de polémologie, en créant l'institut français de polémologie. La polémologie telle que définie par son créateur en 1942, a pour objet l'étude scientifique des guerres, des paix et des conflits, trilogie inséparable de la vie des sociétés. 

Le caractère classique des guerres qui se traduit par des affrontements entre armées, a subi une mutation majeure avec la guerre contre le terrorisme. En effet, la lutte contre le terrorisme est un mélange de conventionnel et d'asymétrique. Les combats entre les forces de la coalition et l'Etat Islamique, en Syrie et en Irak, traduisent parfaitement cet état de fait. 

La lutte contre le terrorisme a pris une direction sans précédent, en témoigne la situation au Mali, au Nigeria et en Syrie. La guerre de ce siècle se traduit notamment par des attentats, des attaques sporadiques, une montée en puissance de la guérilla et des harcèlements aux frontières des pays affectés. Cependant, vouloir la paix c'est évidemment prévenir la guerre. La détérioration de l'état de paix se manifeste par la guerre. Ainsi, l'Indice de Paix Mondial (IPM) publié en 2017, confirme la mutation de la guerre avec un accroissement de 247% du nombre de morts des suites du terrorisme depuis 2008, ainsi qu'une hausse de 408% des décès causés par les combats. Cet indice calculé par l'Institute for Economics and Peace, traduit la propension de l'humanité à recourir à la violence armée, pour résoudre des différends. Ainsi, selon cet indice, 65% des pays notés ont réduit leurs dépenses militaires en 2017. Cette réduction a-t-elle impacté positivement le nombre de conflits dans le monde? Certainement, car selon le rapport du Global Peace Index 2017, «le monde est devenu légèrement plus paisible de 0,28%, comparé à l’année dernière». Sur les 163 pays analysés, 93 ont été jugés plus sûrs et 68 moins sûrs ;

En Afrique subsaharienne, "c’est l’Ile Maurice, 22e au rang mondial, qui est en tête suivie du Botswana. Selon le rapport, ces deux pays ont les meilleurs indicateurs de la région. Ils rejoignent le quatuor, Botswana, Chili, Ile Maurice et Uruguay, n’ayant pas connu de tensions avec les pays voisins et n’ayant pas été récemment impliqué dans des conflits domestiques ou internationaux". Dans l'édition 2017 de l'IPM, la Côte d'Ivoire est quant à elle notée 121/163 pays soit un bond qualitatif considérable en comparaison au classement de 2014 où elle affichait une performance de 140/162 pays. Aussi, en dépit d'un long processus de reconstruction post-crise, sur 44 pays africains, la Côte d'Ivoire se classe régionalement à la 26ème place.

En outre, le continent africain connait une dramatique constante en termes de conflictualités. Entre les coups d'état militaires, les oppressions diverses, les émeutes, la terreur politique, les conflits intercommunautaires et les soulèvements violents, plusieurs pays africains demeurent affectés par une violence souvent armée. L'IPM 2017 reflète clairement cette tendance, avec les résultats des performances des pays africains qui sont à la baisse. D'ailleurs, le fait que l'ONU déploie le plus grand nombre de ses opérations de maintien de la paix sur le continent, témoigne de cette réalité de conflictualité permanente. 

Il apparaît donc évident que la polémologie telle qu'énoncée à l'origine, n'est plus d'actualités et doit se reconstruire pour mieux répondre aux exigences conflictuelles du moment. La nature mouvante de la guerre et ses nouvelles formes (cyberguerre, guerre d'influence, terrorisme, etc.), imposent la prise en compte de l'extrémisme violent, comme l'un des facteurs polémogènes, à l'origine d'actes violents et de conflits divers.

 

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