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Publié par Jean-François CURTIS

 

 

Friedrich Nietzsche disait: "qui sait commander, trouve toujours ceux qui doivent obéir". Plus que la "manière de commander", il y a donc "l'Art de commander". Démarrer ce post sur cette assomption, est un véritable défi réflexif.  Y-a-t-il en Afrique une problématique du commandement militaire? S'agit-il d'une problématique universelle qui prend une autre dimension sur notre continent du fait même de freins politico-culturels et sociétaux? Le commandement est-il lié à l'environnement dans lequel il est exercé?

Ces questions mènent toutes vers l'examen du commandement dans nos armées. Qu'est-ce qu'un bon chef finalement? Napoléon Bonaparte insistait : "la froideur est la plus grande qualité d'un homme destiné à commander.", Qu'en est-il? Est-ce que commander c'est simplement inspirer une crainte?. Pour beaucoup, le commandement est uniquement une question d'autorité. La perception et la compréhension du commandement sont multiformes. Pour l'essentiel, le commandement est avant tout selon nous, une question de légitimité, de charisme, de management, de lucidité et enfin d'autorité.

Le site scientifique "Psyblog" a dressé une liste de caractéristiques que devraient avoir tout chef qui se respecte:1/ Prise de décision: il est crucial de pouvoir prendre et assumer ses décisions pour un chef face à ces subordonnés. Un bon chef prend donc des décisions et les assument même dans l'erreur. Cela appelle d'ailleurs la notion d'honnêteté pour reconnaître d'éventuelles erreurs dans la prise de décision. 2/ Compétences: être compétent est crucial pour assurer un respect des subordonnés pour leur chef. Un chef compétent est celui qui influence et convainc les autres de manière positive. 3/ Intégrité: un chef qui impose un minimum d'intégrité est respecté par ses subordonnés. Pouvoir faire confiance à son chef est un gage d'engagement. 4/ Vision: un chef qui n'affiche aucune vision est hors commandement. En effet, pouvoir partager une vision claire avec ses subordonnés est primordial. 5/ Modestie: un chef efficace l'est notamment du fait de sa modestie. Pouvoir être disponible, accessible et humble apporte au chef un gage de commandement. 6/ Ténacité: le bon chef est celui qui persévère quelles que soient les difficultés à atteindre un objectif. Il motive son équipe et mène le jeu en dépit des contraintes tant endogènes qu'exogènes.

Si l'on s'en tient à ces six caractéristiques identifiées par les psychologues, nous sommes dans l'essentiel des qualités du bon chef, mais cette liste n'est pas exhaustive. Les armées africaines disposent de bons chefs, mais souvent l'exercice du commandement est affecté par des considérations politico-ethniques qui viennent perturber son cours normal. L'immixtion de la politique dans la sphère militaire, se traduit encore aujourd'hui par de nombreux cas d'indiscipline, qui n'ont rien à avoir avec la capacité d'un chef à commander ses subordonnés. La remise en cause de l'autorité qui débouche souvent sur des coups militaires, dénote de la faiblesse des institutions militaires des pays africains qui souvent souffrent d'une absence d'exemplarité en matière de commandement. Il est aussi de tradition que les soldats obéissent plus facilement à des supérieurs ayant connu le feu. L'expérience de la réalité du terrain et du quotidien des subordonnés, est critique pour un commandement réussi.

En outre, le bon chef est surtout celui qui s'est démontré une compétence relationnelle, c'est à dire le chef au contact de ses hommes, qui sait les valoriser et qui leur témoigne une attention bienveillante, sans être dans l'excès. Cette compétence on va dire "humaine" est très souvent délaissée en Afrique car l'idée d'un chef accessible, bienveillant et humble tend à traduire une certaine faiblesse de caractère (à tort) que beaucoup, considère comme incompatible avec le commandement. La tendance à la sacralisation de la fonction en Afrique qui est à l'opposé de la démystification en cours en Europe et ailleurs, complique véritablement l'exercice du commandement car elle fait "des chefs, des dieux". Dans ce contexte sociétal défavorable, comment faire évoluer la notion de commandement?

En conclusion, le commandement c'est du management. Commander des soldats, c'est manager des hommes avides de modèles, qui sont dévoués à une patrie, à une nation, à une république et à des valeurs. Savoir commander c'est selon nous pour le chef, savoir faire le deuil d'une certaine forme d'égo et passer du "je" au "nous". Tout véritable manager le dira, rien ne vaut une certaine accessibilité du chef qui ne construit pas autour de lui un mythe, affaiblissant en réalité son influence. Le bon chef est donc conscient de ses limites, de ses forces, il est bienveillant, il fait ressortir le meilleur chez ses subordonnés et suscite l'adhésion.

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