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Publié par Jean-François CURTIS

 

Le salon Euronaval 2016 s'est tenu du 17 au 21 octobre,  sous le haut patronage du Ministre français de la Défense, M. Jean-Yves Le Drian. Ce salon est le rendez-vous mondial des équipementiers spécialisés en solutions navales de tout type. La défense navale, la sûreté et la sécurité maritimes, sont au centre de ces journées intenses de visites de stands et d'échanges entre spécialistes et délégations internationales, venues s’enquérir des innovations et des opportunités pour mieux équiper leurs marines nationales et ainsi, mieux protéger leurs espaces maritimes (côtes, lagunes, etc). Il s'agit donc de la vitrine principale de l'industrie navale militaire, que les délégations étrangères viennent découvrir au même titre qu'elles ont pu découvrir le salon Eurosatory cette année.

Euronaval en chiffres, c'est 15 000 M2 de surface d'exposition, 25 000 visites professionnelles, 400 exposants de 34 pays, 600 rendez-vous d'affaire, 56% d'exposants étrangers, 400 journalistes accrédités et bien plus.

Cette 25ème édition du salon, a permis de constater à l'instar du salon Eurosatory, bien plus qu'une absence, une inexistence d'industrie navale militaire africaine. En revanche la dominance occidentale en la matière demeure eu égard à la présence et à la démonstration de force de géants tels que DCNS, NEXTER, PIRIOU, SILLINGER, Israel Shipyards, Elbit Systems, BAE Systems et DAMEN.

Bien qu'étant nombreux en termes de délégations étrangères, les africains ont brillé par leur absence parmi les exposants, faute d'une industrie navale militaire africaine, même au stade embryonnaire. Cet état de fait traduit inexorablement une réalité difficile mais qui nous alerte sur la nécessité d'explorer urgemment ce secteur industriel eu égard aux nombreuses menaces telles que la piraterie et la pêche sauvage. De plus, l'acquisition massive de navires, particulièrement de bâtiments hauturiers (OPV) et de patrouilleurs rapides (CPV), par plusieurs pays africains, témoigne d'un réel besoin dans les secteurs de la surveillance maritime et de l'interception. A titre d'exemple, l'acquisition par le Mozambique et la Côte d'Ivoire de plusieurs patrouilleurs, cette année.

En outre, le secteur de la maintenance navale et des chantiers navals, est une priorité pour les états africains qui bien souvent, achètent des bateaux sans vraiment se soucier de la pérennisation de leurs acquisitions, en termes d'accompagnement et d'autonomisation. En effet, les pays africains doivent à l'instar du Nigeria et du Maroc, se tourner vers la construction et la réparation de leurs bateaux en d'autres termes, être autonomes pour ce qui relève du maintien en état opérationnel de leurs flottes. Cette autonomie passe aussi par l’acquisition de systèmes intégrés à base de capteurs, de radars et de drones pour la surveillance côtière qui reste encore le talon d’Achille de ces états.

Malgré des efforts indéniables par les états africains en matière de mise en place de cadres nationaux et régionaux de coopération navale, il semble que les stratégies navales militaires demeurent insuffisantes ou souvent déconnectées des véritables enjeux. Ce constat est valable au niveau régional où, en dépit d'une volonté affirmée, notamment dans le cas de la CEDEAO avec le Centre Régional de Sécurité Maritime de Afrique de l'Ouest (CRESMAO), la mise en oeuvre des mesures communes demeure une préoccupation pour lutter efficacement contre la criminalité maritime.

Cependant, au titre des points positifs, il faut retenir la création de structures dédiées à l'Action de l'Etat en Mer en Afrique, comme c'est le cas en Côte d'Ivoire et au Togo qui vient renforcer les stratégies tant nationales que régionales de maîtrise des questions maritimes.

Pour terminer, il faut insister sur l'impériosité pour les états africains, de veiller à une cohérence dans leurs acquisitions de solutions navales militaires, en vue de sécuriser leurs frontières maritimes. Cette cohérence devrait s’inscrire, pour les pays qui n'en disposent pas déjà, dans une loi de programmation militaire avec une certaine adaptabilité. Le transfert de compétences et de technologies avec un accompagnement financier devraient enfin, constituer le socle de toutes négociations entre les états africains et les entreprises du secteur pour assurer une autonomie des africains dans le domaine maritime.

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