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Publié par Jean-François CURTIS

Stabilisation post-crise: Le Burkina Faso a du mal!

Les événements du mercredi 16 septembre 2015, qui secouent le Burkina Faso, reflètent une fois de plus le rôle déstabilisateur des armées africaines, lorsqu'elles sont instrumentalisées. Le Burkina qui finalisait sa transition, se retrouve dans une situation catastrophique avec ce coup de force militaire. Nous n'allons pas examiner les motivations des militaires, mais davantage l'échec de la stabilisation de pays en phase post-crise.

Les armées sont bien souvent, les moteurs de déstabilisation des régimes africains. Les causes ont largement été examinées, mais les principales demeurent l'instrumentalisation politique et l'incivisme. Le Mali a été déstabilisé par son armée, idem pour bien des pays dont la Côte d'Ivoire en 1999. Oui, certains militaires sont acteurs de la déstabilisation de leur pays, mais pas tous. Il ne s'agit pas de dire que tous les militaires sont instrumentalisés et de jeter le discrédit sur la profession. Bien au contraire, il s'agit de rappeler, combien il est essentiel que la question du rôle des Armées africaines dans l'instabilité du continent, demeure une préoccupation. Cette problématique reste sans solution viable à ce jour.

Les pays en situation post-crise ou qui sont en pleine reconstruction, engagent souvent de la mauvaise manière leur processus de stabilisation. Certains, se considèrent même stables, sans que toutes les conditions ne soient réunies. C'est justement cet excès de confiance en une économie galopante, en quelques signes positifs de reprise, qui trompent les décideurs et leur vigilance.

Les armées souvent minées par une immixtion de la politique dans les affaires militaires, se retrouvent discréditées et partiales. D'ailleurs, une unité "d'élite" (RSP du Burkina), est souvent surarmée et au service du dirigeant du moment. Cependant, il est bon de rappeler que l'armée est par principe, l'émanation de la nation et donc son reflet. Une nation divisée dispose d'une armée vulnérable à la division. A contrario, Une armée unie, soucieuse de servir la Nation et apolitique, reflète une nation solide, construite et citoyenne. Combien de pays africains peuvent se vanter de disposer d'une armée de ce "calibre"? Très peu, en dehors de quelques exceptions telles que, l'Afrique du Sud, le Ghana, le Maroc et le Sénégal.

Nous avions consacré plusieurs articles à la notion de stabilisation post-crise, nous en rappelons ci-dessous, les points saillants, en précisant qu'il n'y a pas de "recette miracle" :

1/ La question de l'appropriation nationale de la notion de stabilisation multisectorielle est capitale. En effet, plusieurs pays ont essentiellement consacré leur stabilisation autour d'un programme de relance économique ce qui est bien entendu insuffisant. Il faut donc comprendre ce qu'est la stabilisation et en quoi est-ce-qu'elle est multidimensionnelle. Cela relève de la responsabilité politique. D'autres états ont mis l'accent sur des programmes DDR lourds et coûteux aux résultats mitigés.

2/ La relance économique, la réconciliation et la pacification du territoire doivent être conduits concomitamment. Dans bien des cas, l'un est conduit au détriment des autres ce qui a pour effet d'affaiblir l'ensemble de l'effort de reconstruction social.

3/ Le caractère inclusif de la stabilisation est crucial pour une reconstruction réussie. Il appartient aux décideurs politiques de permettre que tout processus de stabilisation prenne en compte tous les acteurs nationaux (société civile, ONG, etc.). L'exclusion de l'un de ces acteurs, rendrait le processus fragile car incomplet. Seul un processus de stabilisation participatif est viable.

4/ La stabilité post-crise repose aussi sur plusieurs piliers dont la Bonne Gouvernance, la Justice et la Réforme du Secteur de la Sécurité (RSS). Ces trois secteurs sont vitaux pour garantir une paix sociale, qui bien souvent peine à se réaliser. La Bonne Gouvernance garantit l'intégrité, la redevabilité et la transparence de l'action publique. La Justice quant à elle, apaise les cœurs meurtris par les crimes commis. Enfin, la RSS est le socle de la reconstruction des systèmes de sécurité qui bien souvent sont défaillants à la sortie d'une crise et qui nécessitent d'être soit repensés soit renforcés. Le cas du Burkina Faso, illustre la nécessité d'une réforme en profondeur de son système de sécurité et de défense. Une armée qui contribue continuellement à déstabiliser un pays est une armée "en souffrance".

5/ L'apport inestimable tant financier que technique des partenaires extérieurs, est un facteur important d'une stabilisation post-crise réussie. En effet, le rôle des organisations internationales et des partenaires bilatéraux n'est pas à sous-estimer. Bien souvent, ce sont ces acteurs extérieurs qui créent les conditions du retour à la normalité en accompagnant les pays défigurés par tant d'années de conflit. Ici, la Côte d'Ivoire, reflète l'injection de capitaux et la croissance des investissements nécessaires à une relance nationale. La confiance des investisseurs privés est tout aussi capitale.

6/ La tenue d’élections présidentielles dans un contexte de sortie de crise ou de transition est souvent le point de départ ou l'aboutissement de tout processus post-crise. L'organisation d’élections apaisées reposant sur des conditions optimales (caractère inclusif et participatif), garantit une réussite de ce type de processus.

Voilà en quelques lignes, une feuille de route utile pour tout processus post-crise. Nous précisons que chaque pays a sa spécificité et son contexte, il est donc bon d'adapter la réponse à la situation spécifique.

Enfin, relativement au Burkina Faso et aux heures difficiles que traversent ce pays, au moment même où nous écrivons ce post, nous recommandons ce qui suit:

1/ Condamnation unanime des actes posés par le RSP par l'ensemble de la classe politique;

2/ Condamnation de ces actes par l'UA, et les organisations sous-régionales et internationales;

3/ Intervention (force d'imposition de la paix) rapide notamment des forces spéciales françaises basées dans la sous-région pour rétablir l'ordre à l'instar de la situation qui prévalait en CI, ceci pour anticiper et éviter un enlisement. Les forces françaises agiront pour désarmer les membres du RSP et tout élément en arme.

4/ Mise en place d'une force de la CEDEAO, pour un déploiement immédiat à Ouagadougou. L'objectif étant de sécuriser les populations et de veiller à la non reprise des hostilités. Cette force remplacerait la force française et resterait au Burkina sous la bannière de l'ONU, pour une mission de maintien de la paix.

5/ Dissolution effective du RSP et de toute unité similaire ayant contribué au désordre actuel.

6/ Réhabilitation des autorités en place et renforcement de leur sécurité par la force de la CEDEAO.

7/ Mise en place d'un comité international de suivi de la transition.

8/ Mise en place d'un processus de réforme du secteur de la sécurité au Burkina.

9/ Poursuite de la transition et tenue des élections.

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GUEYE Alioune 17/09/2015 00:18

L'égoïsme des élites civiles et/ou militaires et l'obsession à conserver les rentes me semble le plus grand danger qui fragilise nos jeunes apprenties-démocraties.