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Publié par Jean-François CURTIS

Lutte contre le terrorisme: la Côte d'Ivoire à la traîne?

La Lettre du Continent, dans son numéro 711 du 29 juillet 2015, a révélé une faiblesse majeure de la stratégie ivoirienne en matière de lutte anti-djihadiste! En effet, dans un article en page 4, intitulé: "l'armée aux abonnés absents dans la lutte anti-djihadiste", l'on peut lire ceci: " point névralgique du mandat d'Alassane Ouattara, l'armée ivoirienne a brillé par son absence, lors des opérations menées fin juillet par l'armée malienne dans le sud du pays... les Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), censées avoir été réformées ces quatre dernières années, se sont montrées totalement inertes."

La Lettre du Continent explique cette inertie du fait "selon une source sécuritaire française" , d'un manque d'effectifs pour participer à cette opération d'envergure, qui finalement a été menée par les troupes maliennes et françaises. Ce constat de sous-effectifs nécessaires à ce type d'opération, témoigne d'une véritable problématique au sein du système de défense ivoirien.

Nous avions, le 01 juillet 2015, dans un article consacré à la menace djihadiste sur la Côte d'Ivoire, invité les autorités ivoiriennes à prendre des mesures spécifiques pour contrecarrer toute tentative de déstabilisation issue de la nébuleuse terroriste. Nous constatons que sur l'ensemble des mesures préconisées, seulement quelques-unes ont été considérées. Les plus importantes restent à mettre en œuvre notamment, la sécurisation des frontières tant avec des moyens humains que technologiques. A titre d'exemple de mesures ignorées, la sensibilisation des populations demeure le talon d'Achille du gouvernement ivoirien.

Peut-on pour autant, dire que la Côte d'Ivoire est à la traîne dans cette lutte? A priori, pas nécessairement, d'ailleurs il est très difficile d'évaluer les mesures mises en œuvre car aucune publicité n'est faite autour des actions entreprises dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Pour ce qui est des mesures visibles, il y a essentiellement le déploiement de soldats aux frontières et le renforcement de l'arsenal juridique (loi anti-terroriste). En même temps, il apparaît peu évident, pour le citoyen ivoirien de dire avec certitude, si la question de la lutte anti-terroriste est prise en compte pleinement. Des arrestations ont été faites dans ce cadre mais sans plus. Il est à déplorer, l'inertie sur les questions de sensibilisation des populations et d'intégration des communautés dans le dispositif d'alerte précoce et dans celui de l'action préventive. L'argument avancé étant d'éviter de créer une psychose contre-productive. La sécurisation des populations n'est aucunement débattue. Pire à ce jour, aucune politique nationale de lutte contre le terrorisme, assortie de mesures spécifiques n'a été officiellement publiée.

L'implication des forces spéciales dans cette lutte, elle aussi est difficile à évaluer du fait du manque d'information sur le sujet. Il faut dire que le gouvernement communique très rarement sur ces questions sensibles. Un minimum d'information garantirait un sentiment de sécurité et d'appropriation de la question. A titre d'exemple, Le Cameroun a ouvertement pris 9 mesures visant à lutter contre le terrorisme notamment la multiplication des contrôles et des fouilles, le renforcement des effectifs dans le Nord, le renforcement des contrôles sur les axes routiers, le contrôle des enfants, l'interdiction du port du voile intégral et la surveillance des mosquées. Ces mesures visent à prévenir les actes terroristes initiés par Boko Haram. Le Cameroun a donc le mérite d'avoir officiellement annoncé un ensemble de mesures, pour garantir la quiétude de sa population. L'efficacité desdites mesures restent à prouver mais au moins, elles sont mises en œuvre et rassurent la population.

Nous recommandons donc, à l'aube d'une élection présidentielle qui pourrait être affectée par des actes sporadiques de terreur, que le gouvernement ivoirien s'engage davantage dans la lutte contre le terrorisme notamment, en corrigeant les insuffisances susmentionnées mais aussi en mettant en œuvre ce qui suit:

- Participation de la Côte d'Ivoire à la coalition contre Boko Haram et autres initiatives contre le terrorisme en mettant des troupes à disposition. Les forces spéciales ivoiriennes pourraient être déployées auprès des forces des autres pays pour gagner en expérience dans ce domaine.

- Déploiement d’unités interarmées sur tous les sites touristiques du pays (plages, etc.) ;

- Sécurisation et surveillance accrue de tous les sites sensibles et critiques du pays (aéroports, ports, sièges d'institutions internationales, électricité, eau, gaz, etc.) ;

- Bouclage des frontières avec le Mali, à partir d'un dispositif de maîtrise des frontières basé notamment, sur des moyens technologiques avancés tels que l’usage de scanner, de drones et de détecteurs de métaux ;

- Multiplication de patrouilles des forces spéciales, dans les capitales économiques et politiques ; - Fouille systématique de tous les passagers provenant du Mali aux frontières terrestres ;

- Implication des communautés vivant aux frontières, dans la lutte contre le terrorisme. Les communautés pourraient agir comme « capteurs », en relayant aux autorités compétentes, tout événement ou mouvement suspect. L’installation d’ilotier dans chaque village frontalier, serait un atout majeur pour l’anticipation de la menace et l'alerte précoce ;

- Sensibilisation de toutes les communautés sur l’imminence d’une attaque et sur la responsabilité citoyenne de chacun quant à rapporter tout événement suspect ;

- Surveillance et protection accrue des principaux lieux de culte (chrétiens, etc.) et forte sensibilisation des musulmans, sur d’éventuels recrutements par ces groupes terroristes, au sein de leur communauté ;

- Création de périmètres de sécurité autour de tous les postes de police, de gendarmerie, des mairies et des casernes militaires sur le territoire;

- Mise en place d’une ligne téléphonique dédiée à la lutte anti-terroriste, permettant de dénoncer tout comportement suspect, surtout d’éventuelles radicalisations ;

- Sensibilisation de toute la population par la radio, les journaux, la télévision et internet, sur les signes de radicalisation religieuse, les comportements suspects à dénoncer, etc.

- Collaboration accrue entre le gouvernement et les autorités musulmanes pour endiguer efficacement la menace;

- Accentuation de la collaboration entre les autorités ivoiriennes et les partenaires bilatéraux (France, etc.) comme multilatéraux (ONUCI), surtout dans le domaine du renseignement et de l'aide logistique;

- Multiplication des exercices de simulations d'attaques terroristes pour évaluer la capacité des forces et harmoniser l'intervention de tous les services concernés (santé, etc.).

Pour conclure, il apparaît très nettement qu'en dépit d'efforts faits par le gouvernement ivoirien pour répondre à la menace djihadiste, beaucoup reste à faire une fois de plus. L'essentiel de l'action ivoirienne est militaire, ce qui est largement insuffisant dans la lutte contre le terrorisme. La Côte d'Ivoire est donc à la traîne dans la lutte contre la terreur!

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