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Publié par Jean-François CURTIS

Attentat contre un hotel à Mogadiscio le 26 juillet 2015 (image Jeune Afrique)
Attentat contre un hotel à Mogadiscio le 26 juillet 2015 (image Jeune Afrique)

Après plusieurs mois de mobilisation sur le continent africain dans le cadre de la lutte contre les groupes terroristes islamistes, les attentats se poursuivent et la lutte semble stagner. Le Cameroun, le Tchad, la Somalie, le Nigeria, le Mali, s'enfonce dans cette terreur galopante. L'attentat commis par une fillette de 12 ans à Maroua, au Cameroun, le samedi 25 juillet 2015, suivi de l'attentat contre un hôtel de Mogadiscio, en Somalie, le dimanche 26 juillet 2015, l'attestent. Les mouvements extrémistes islamistes qui prônent la charia n'ont jamais été aussi actifs. Al Shabab, Boko Haram, AQMI, Ansar Dine, pour ne citer que les plus violents, maintiennent une pression sur les gouvernements du continent et ainsi accentue cette terreur qui affecte le quotidien des populations.

Malgré les initiatives des pays engagés dans cette lutte, les résultats tardent à venir. D'ailleurs, des arrestations sont annoncées ici et là, la neutralisation de camps est elle aussi mise en avant par ces pays. A titre d'exemple, la Somalie, le Kenya et l'Ethiopie participent ensemble à la lutte contre Al Shabab au sein de l'AMISOM. Le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria eux aussi se sont unis, au sein d'une force régionale, dans la lutte contre Boko Haram. Les pays alliés dans cette lutte, tel que les Etats-Unis et la France sont aussi actifs dans la formation, le renseignement et les frappes de drones. Certes, ces groupes sont combattus mais la lutte dispose-t-elle des atouts nécessaires pour en venir à bout? Les faits d'armes de l'Etat Islamique (DAESH) et sa capacité de nuisance, font des émules chez tous les groupes qui sévissent en Afrique, notamment du fait de sa stratégie de communication extrêmement efficace.

Après un succinct examen de la situation actuelle, nous proposons que les Etats engagés dans cette lutte difficile, révisent leur stratégie commune et nationale sur la base des recommandations ci-dessous. Cela aura pour effet, d'accentuer cette lutte et d'atteindre un degré raisonnable d'usure puis l'éradication de ces groupes:

1/ Au plan financier, nous suggérons la création d'un fond régional, géré par l'Union Africaine (UA), qui permettrait de recueillir les ressources nécessaires, à la lutte contre le terrorisme sur le continent. En effet, l'UA pourrait organiser une levée de fonds régionale, justifiée par la menace globale. Une fois les ressources disponibles, elles serviraient notamment à la création d'une force spécialisée dans la lutte anti-terroriste. Cette force inter-pays, serait équipée en conséquence, disposerait de moyens de projection et de renseignement à la pointe de la technologie. Ces fonds serviraient aussi, à financer les initiatives nationales visant à éradiquer la menace terroriste.

2/ Au plan de la communication, il serait utile et dissuasif, de davantage communiquer sur les faits d'armes contre ces groupes, qu'il s'agisse d'arrestations ou de combats ou encore de démantèlement de cache-d 'armes etc. Cette communication, devra se faire sans mettre en péril d'éventuelles opérations en cours contre lesdits groupes. Mais, il est crucial que les populations soient au fait de la réalité, dans le cadre de cette lutte implacable.

3/ Au plan de la sensibilisation des populations et de leur contribution citoyenne, il est urgent que les gouvernements des pays africains, mettent en place de véritables campagnes de sensibilisation, quant aux méfaits du terrorisme et à son mode de recrutement. Ces campagnes devront mettre l'accent, sur la vigilance de tous et les risques de radicalisation. Mieux, les gouvernements devront collaborer avec les leaders religieux musulmans, pour les responsabiliser quant aux risques de radicalisation et de recrutement au sein des communautés. A cet effet, un cadre de concertation devra être mis en place au niveau national. La mobilisation sans précédent des communautés musulmanes en Afrique, est plus que nécessaire, pour dénoncer le radicalisme religieux et ses conséquences qui frappent aussi des musulmans.

4/ Au niveau de la veille stratégique, il s'agit essentiellement de renforcer le dispositif de renseignement, d'encourager l'échange d'informations critiques et d'accentuer la surveillance des lieux de culte et des mouvements radicaux. L'infiltration de ces groupes est donc primordiale. L'anticipation de la menace, demeure la clé de la réussite de la lutte contre ces groupes. Anticiper leur mouvements, leurs actions, leur mode opératoire, etc. Voilà ce qui constitue l'atout majeur dans cette lutte.

5/ Au niveau militaire, la création d'unités spécialisées dans la lutte anti-terroriste est urgente. Pour l'instant, quelques pays ont renforcé leurs dispositifs de lutte mais beaucoup reste à faire en matière de renforcement des capacités et de formation. La stratégie militaire, devrait focaliser sur la neutralisation des "têtes" des différents groupes, pour les déstabiliser, les désorganiser et en venir à bout. Parmi les mesures à prendre dans chaque pays, nous suggérons: - le déploiement de forces interarmées aux frontières de tous les pays avec des moyens de mobilité, pour couvrir les zones les plus poreuses; - la sécurisation des sites touristiques majeures dans ces pays; - la surveillance accrue de toutes les installations dites critiques (aéroports, ports, institutions, sites de production d'eau, d'électricité, de gaz, de pétrole, etc.); - la multiplication de patrouilles dans toutes les grandes capitales de ces pays; - la surveillance et la protection accrue des principaux lieux de culte (chrétiens, musulmans, etc.); - la multiplication des exercices de simulations d'attaques terroristes pour évaluer la capacité des forces et harmoniser l'intervention de tous les services concernés (santé, pompiers, etc.).

6/ Au plan social et éducatif, il s'agira essentiellement, de renforcer les mesures visant à réduire la pauvreté et d'éduquer un maximum d'enfants et jeunes. N'oublions pas, que l'analphabétisme et la pauvreté demeurent de véritables creusets, pour le recrutement des terroristes. Les pays africains devront tout mettre en œuvre, dans les 5 prochaines années, pour remonter leur indice de développement humain (IDH). L'objectif étant à terme, de réduire l'attractivité du terrorisme, auprès des plus vulnérables des sociétés africaines. A cet effet, chaque pays africain pourrait créer au niveau communautaire, un comité de veille et de prévention contre les dérives sectaires issues du dévoiement de l'Islam. Mieux, la création de comités locaux de veille et de sensibilisation dans chaque village des pays menacés ou frontaliers, serait un atout majeur. Ces comités locaux permettraient d'accentuer la sensibilisation des jeunes quant aux risques de radicalisation religieuse et serviraient de dispositifs d'alerte précoce.

7/ Au niveau législatif, les pays africains devront pour ceux qui ne l'ont pas encore fait, renforcer leur arsenal juridique contre le terrorisme, tout en évitant de possibles dérives liberticides. Ouvertement menacé par le groupe Ansar Dine, début juillet 2015, la Côte d'Ivoire est un exemple à suivre dans ce domaine, car une loi a été votée le 03 juillet 2015, pour faire face à cette menace. L'arsenal juridique permet d'encadrer l'action anti-terroriste et protège les acteurs de cette lutte.

Certaines de ces mesures préconisées ne sont pas nouvelles, nous les avions déjà suggérées dans nos articles précédents, consacrés au terrorisme. Cependant nous rappelons l'urgence de leurs mise en œuvre si ce n'est pas déjà le cas. Aussi est-il essentiel, de souligner le caractère concomitant de leur exécution car l'une sans l'autre, elle ne sont pas viables. La lutte contre la terreur, est une "guerre d'usure", qui sera longue, douloureuse, couteuse en vies humaines et très onéreuse. Les pays africains devront donc être solidaires et y consacrer une bonne part de leur budget pour éradiquer la menace.

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