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Publié par Jean-François CURTIS

Sécurité en Afrique: trois enjeux capitaux

L'actualité sur le continent africain est suffisamment riche pour nous rappeler combien la stabilité du continent oscille d'une région à l'autre mais bien souvent avec les mêmes dénominateurs. L'Afrique du Nord et l'Afrique Sub-saharienne sont confrontées à des défis communs tels que le terrorisme, l'immigration clandestine, les coups-d 'états, les problèmes de gouvernance, l'autonomisation militaire, etc. D'ailleurs, les récentes visites du Roi du Maroc au Sénégal puis en Côte d'Ivoire, témoignent de la nécessité de renforcer la coopération régionale.

Les enjeux sont multiples et assez complexes pour être traités dans leur intégralité par cet article. Nous allons donc, examiner trois enjeux capitaux dont la négligence par les pays africains, affecterait négativement leur émergence.

1/ La lutte contre le terrorisme: Alors que la lutte contre AQMI, BOKO HARAM et AL SHEBBAB semble stagner, il est important de relativiser les résultats partiels de cette lutte de tout temps. En effet plusieurs neutralisations de chefs de ces mouvements ont été faites par les forces spéciales de pays "qualifiés et outillés". Mieux des réseaux dormants ou cellules dormantes ont été identifiés puis traités dans des pays de la région. Cela est-il suffisant quand on sait que le recrutement des adeptes de l'extrémisme religieux et de sa matérialisation à travers le terrorisme, continue de faire des émules? Le constat est déplorable lorsque l'on sait que ce sont les populations les plus vulnérables qui sont les cibles préférées des recruteurs de ces mouvements extrémistes. En d'autres termes, les pauvres sont ciblés spécifiquement car bien souvent, ou trop souvent réceptifs aux messages véhiculés par ces mouvements. Nous insistons donc sur la nécessité pour les pays africains, de créer effectivement et sans attendre, les conditions de développement humain de leurs populations. La redistribution des richesses doit être une réalité une fois pour toute en Afrique. La lutte armée contre ces mouvements doit elle aussi être maintenue, mais surtout l'anticipation de cette menace doit être la clé de voûte de cette guerre. Les armées africaines doivent être formées et soutenues en logistique par l'Occident, pour éradiquer cette menace permanente. Plus encore, les Etats africains doivent élaborer une stratégie africaine inclusive de lutte contre ce fléau, basée sur le rôle primordial des communautés. Enfin, la sensibilisation des plus jeunes, demeure un facteur de réussite de cette lutte contre la terreur. Les pays africains doivent être plus actifs sur le front de la guerre psychologique contre le terrorisme et pour cela ils ne doivent pas hésiter à externaliser cette lutte implacable.

2/ La lutte contre l'immigration clandestine: Sur ce point, l'actualité reflète l'urgence d'agir pour les gouvernements africains. Les images de clandestins, de réfugiés ou d'immigrés, peu importe leurs dénominations, entassés dans des embarcations et pour beaucoup ayant péris lors de leurs traversées vers l'Europe, ont suffisamment choqué l'opinion mondiale. Mais ces images ont-elles vraiment ému les africains? Qu'en est-il de la mobilisation des pays d'où partent ces vagues d'immigrés? Qu'en est-il de la solidarité africaine face à ce drame, qui témoigne d'un échec collectif à assurer le développement humain sur le continent et ainsi à le rendre attractif pour tous ces désespérés? N'oublions pas que tous ces migrants, ont fui leurs pays pour une quête de dignité humaine ailleurs. Vivre dans de meilleures conditions, libres et loin de l'oppression éventuelle de certains régimes, voilà ce qui motive aussi la clandestinité. L'heure est à la mobilisation des pays pourvoyeurs de ces immigrés pour créer les conditions de leurs prises en charge et surtout les conditions de leur épanouissement sur leurs terres d'origine. Oui, il est de la responsabilité des africains, de rendre attractifs leurs pays pas seulement pour les investissements étrangers mais surtout pour éviter ces flux de réfugiés ou clandestins qui n'honorent pas leurs dirigeants. Si les conditions socio-économiques étaient réunies, si les Etats de ces pays avaient une véritable politique en faveur du citoyen, des emplois à offrir et une stratégie de redistribution effective de la richesse, nous n'en serions certainement pas là! Il est donc capital et urgent que le continent, qui aspire à l'émergence, commence à mettre l'accent sur le développement humain. Pourquoi partir quand on est bien chez soi? Enfin, n'oublions pas que ces réfugiés sont la face visible de l'iceberg, mais qu'en est-il de tous ceux qui ne peuvent pas partir, qui sont dans une précarité totale et donc vulnérables au terrorisme et aux crimes de tout genre? Aujourd'hui, nous pensons que la priorité pour l'Union Africaine (UA), devrait être de mettre en place un mécanisme de lutte contre cette massive immigration clandestine puis de démanteler les réseaux qui y sont associés. La priorité pour les Etats-membres de l'UA, doit être: la redistribution des richesses, l'émergence d'une classe moyenne forte, plus d'emplois et l'attractivité nationale.

3/ L'autonomisation militaire: La coopération militaire Nord/Sud est de façon permanente en déséquilibre. Un déséquilibre largement en faveur des pays les plus nantis. Les complexes militaro-industriels de ces pays, sont en pleine guerre d'influence et économique. La concurrence est rude pour gagner des marchés auprès de pays du "Sud", en quête de stabilité et souvent peu démocratiques. La France, les Etats-Unis, Israël et la Chine, pour ne citer que cela, interviennent soit directement, donc officiellement (assistance technique, équipement, logistique, formation, etc.), soit indirectement, donc officieusement (opérations clandestines, ventes d'armes, soutien discret à un régime, etc.). A chaque fois, un dénominateur commun: l'intérêt économique, le positionnement régional, etc. La Chine a par exemple, une tradition de vente d'armes discrète, à des régimes souhaitant se maintenir et subissant des rébellions. La France quant à elle, opère ouvertement au Mali pour une cause certes noble mais évidemment intéressée. Les Etats-Unis eux aussi, interviennent discrètement dans la formation et l'appui logistique, notamment dans la lutte contre le terrorisme et en matière de renseignement. La stratégie d'influence est donc très active en Afrique sur le volet militaire. L'autonomisation des pays africains en matière de sécurité et de défense, devrait constituer une priorité pour leurs dirigeants. Comment créer les conditions d'une défense nationale crédible, d'une capacité à se défendre seul puis en coalition? L'exemple de la Côte d'Ivoire est édifiant sur cette question de l'autonomie. En effet, en créant toujours avec l'appui de la France, un Institut d'Etudes Stratégiques et de Défense, la Côte d'Ivoire s'engage sur le terrain de la formation régionale, donc du renforcement des capacités. Le renforcement des capacités, est le socle de l'autonomisation dans le secteur de la sécurité et de la défense. L'Union Africaine et les organisations sous régionales, devraient urgemment, accélérer leurs réflexions sur l'autonomie stratégique qui permettrait aux africains d'assumer sans complexe et avec responsabilité, la sécurité sur le continent. Nous suggérons que les pays africains, mettent effectivement l'accent sur la formation des hommes puis sur leur équipement. Tout cela, devant obéir à un séquençage précis et cohérent. Ces pays, doivent arrêter de naviguer à vue sur ces questions en élaborant des politiques de sécurité nationale, des lois de programmation militaire et de sécurité et en les mettant effectivement en œuvre. Enfin, il serait utile pour certains pays africains, incapables pour de multiples raisons d'aspirer à l'autonomie militaire, d'examiner l'exemple du Costa Rica, qui a fait le choix de ne pas avoir d'armée et de disposer d'une police forte. Pour assurer sa défense nationale, le Costa Rica a fait le choix d'un accord avec les Etats-Unis, qui sont prêts à intervenir militairement si le pays est menacé. Cette mesure a permis au Costa-Rica de consacrer son budget à l'éducation, l'environnement, la formation et le tourisme. Le Costa Rica n'est donc pas autonome militairement mais il est un pays émergent.

Ces trois enjeux ne sont qu'une infime partie des défis à relever en Afrique, d'un point de vue de la sécurité. Le continent présente malgré tous les maux qui le minent, des indicateurs favorables à son émergence, tels que les investissements massifs. Sans verser dans l'afro pessimisme, il est impérieux que les dirigeants africains se réunissent autour d'une table pour passer en revue tous les défis du continent et y apportent des solutions viables, inclusives et cohérentes. En mettant au centre de cette réflexion collective, "le citoyen africain". Pour reprendre la citation d'Antonio Gramsci, il s'agira pour les dirigeants africains de savoir "allier le pessimisme de l'intelligence avec l'optimisme de la volonté".

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