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Publié par Jean-François CURTIS

Un triptyque de l'émergence de l'Afrique

La question de l'émergence des pays africains demeurent une préoccupation permanente. Comment créer les conditions de l'émergence de ces pays? Quelles sont les "freins" à cette émergence? Voilà un ensemble de questionnements qui perdurent malgré bien des réflexions déjà menées, notamment lors de la récente Conférence Internationale sur l'Emergence de l'Afrique (CIEA), tenue à Abidjan, en Côte d'Ivoire en mars 2015.

Un rapport de la Commission des Affaires Etrangères de l'Assemblée Nationale française, en date du 15 avril 2015, publié sur le site de ladite Assemblée Nationale (http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-cafe/14-15/c1415070.asp), a mis en exergue les limites de la politique étrangère de la France en Afrique francophone, sur la base d'une analyse pragmatique et sans complaisance du niveau de développement des pays africains.

Ce rapport très édifiant sur la nécessité de repenser la politique française en Afrique francophone, met au grand jour, entre autres, l'impact de l'héritage colonial, les faiblesses endogènes des pays africains, qui depuis quelques années prônent une émergence économique qui en réalité est à relativiser avec prudence. D'ailleurs, le rapport souligne en ces termes: "L’afro-optimisme nous semble devoir être fortement tempéré. Si l’Afrique va mieux par certains côtés, notamment une croissance économique importante, ce n’est pas pour autant qu’elle va bien. Au-delà des crises du Mali et de la République centrafricaine qui ont mis en évidence les problèmes du continent, le tableau général, sur le plan du développement et de la stabilité, est assez sombre."

Ce rapport dont l'initiative et la publication sont à saluer, nous permet de proposer ce que nous appelons un "triptyque de l'émergence". Nous avons déjà consacré plusieurs articles à la notion d'émergence, mais l'actualité nous suggère une nouvelle approche. A l'instar de l'œuvre peinte en trois tableaux, nous représentons l'émergence par trois acteurs: Le Citoyen, Le Secteur Privé et l'Etat :

1/ Le citoyen: En effet, le rôle du citoyen est primordial dans l'avènement de l'émergence des pays africains. Le citoyen doit s'approprier l'émergence de son pays, en embrassant les valeurs républicaines, le civisme et le patriotisme. Il n'y a qu'une nation éduquée, qui peut conduire à une émergence transversale et inclusive. L'émergence est donc avant tout une "transformation des mentalités" en vue d'une citoyenneté consciente. D'où le rôle de l'éducation et de la sensibilisation des populations, même les plus retranchées. La société civile dans ces pays, devra s'approprier la notion d'émergence en étant actrice plus que spectatrice.

2/ Le secteur privé: Le rôle du secteur privé dans l'émergence d'un pays, n'est plus à démontrer. Il s'agit notamment de créer des cabinets ou instituts indépendants, spécialisés en notation stratégique. Ces cabinets de notation des performances de l'Etat et des entreprises dans tous les secteurs d'activités, seraient de véritables boussoles vers l'émergence effective des pays africains. D'ailleurs, il existe déjà des cabinets africains de notation financière. Sans oublier qu'il est crucial que les entreprises privées s'approprient l'émergence, en contribuant à l'emploi et à la formation sur une base "d'entreprise citoyenne". Enfin, le secteur privé doit bénéficier d'un ensemble de conditions pour contribuer à cette émergence, telles que, des mesures fiscales avantageuses, une facilité à la création d'entreprise, etc.

3/ L'Etat: L'émergence des pays africains est de la responsabilité première de l'Etat. En effet, il appartient aux états africains de mettre en place des mécanismes de notation stratégique pour évaluer les performances de leurs ministères et structures. Cette notation stratégique reposerait sur plusieurs indices dont l'indice de sécurité, l'indice de corruption, l'indice d'intégrité, l'indice de transparence, l'indice de justice, l'indice de pauvreté, l'indice de santé et l'indice d'éducation. C'est donc, la mesure de la performance de l'Etat dans ces divers secteurs, qui permettrait de qualifier un pays africain comme émergent ou pas, notamment d'un point de vue de l'éthique. Le caractère transversal de l'émergence doit être promu et mesuré car, la tendance est à noter uniquement les performances économiques et financières. Cette mesure incomplète, tend à biaiser l'analyse et à donner une image partielle du niveau d'émergence de ces pays. Enfin, il est crucial que les états africains garants de la stabilité, s'engagent définitivement, à mettre en place des mécanismes plus efficaces d'anticipation des crises, qui dans la plupart des cas sont des crises militaro-politiques.

Au terme de cette analyse, il est bon de souligner qu'il existe plusieurs modèles, expériences et initiatives en matière d'émergence, qui devraient tous converger vers une réflexion, sur "une approche commune d'une démocratie émergente en Afrique". Ce modèle de démocratie africaine, est plus que jamais une nécessité pour adapter les réalités locales à la définition originelle. Il pourrait être élaborer à partir de la synthèse des forces et faiblesses de cinq pays considérés comme des exemples en matière de bonne gouvernance, à savoir: le Ghana, le Botswana, le Cap-Vert, l'Afrique du Sud et le Sénégal.

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