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Publié par Jean-François CURTIS

Terrorisme: l'Afrique désemparée!

Nous avons déjà consacré plusieurs articles à la lutte anti-terroriste tant dans la forme que dans le fond. Cependant il apparait que sur le continent africain, en dehors d'une forte mobilisation militaire, notamment dans la lutte contre Boko Haram, plusieurs mesures tout aussi efficaces que le choix de la force, ne sont pas mises en œuvre ou le sont insuffisamment. La lutte contre le terrorisme sous toute ses formes d'ailleurs mais particulièrement sous sa forme "islamiste radicale", requiert des états africains, qu'ils puissent considérer cette lutte certes onéreuse mais impérieuse, comme étant multisectorielle et pas seulement militaire. Il y va de la survie de la diversité et de la démocratie sur le continent.

L'annihilation de Boko Haram, d'Aqmi et d'Al-Shabab et de l'Etat islamique, pour ne citer que ces groupes majeurs, nécessite une approche qui soit à la fois préventive, répressive et protectrice. La lutte contre la terreur est aussi une lutte d'influence qui revêt un caractère de guerre psychologique menée notamment sur internet pour neutraliser l'influence desdits groupes et ainsi les faire imploser.

A cet effet, nous avons identifié un ensemble non exhaustif de mesures pragmatiques qui, pour beaucoup sont exécutées par l'Occident mais qui gagneraient, à être redimensionnées à l'échelle des moyens des pays africains car le constat parle de lui-même, l'Afrique s'enfonce face à la montée du radicalisme religieux. Ces mesures sont:

1/ Le renforcement des capacités humaines des unités chargées de la sécurité. Sur ce point la création d'unités spécialisées et outillées contre le terrorisme est primordiale. Les pays africains devraient donc recruter davantage, mais surtout qualitativement et former les unités d'élite existantes, à la lutte anti-terroriste avec l'appui des pays occidentaux. L'on peut par exemple s'étonner de l'inefficacité des unités spécialisées du Nigeria, dans la lutte contre Boko Haram depuis tant d'année. La formation est donc la pierre angulaire de cette lutte sans pitié.

2/ La montée en puissance des moyens dédiés au renseignement s'avère une priorité. Le renforcement des moyens mis à disposition dans la lutte contre le terrorisme, doit être revu à la hausse dans les pays africains. En effet, sans moyens efficaces de collecte et d'analyse du renseignement stratégique, issu de la lutte contre la terreur, tout effort consenti est vain. Le renseignement est une fois de plus au cœur de cette lutte. D'un point de vue juridique, il faudrait que les pays africains développe un cadre légal pour l'action des services de renseignement (Loi sur le renseignement). Ces lois conforteraient l'encadrement des actions liées au renseignement et protégeraient les services dans leur tâche ardue. Elles pourraient d'ailleurs, inclure le recrutement d'analystes pluridisciplinaires, eu égard aux multiples visages du terrorisme. Ces lois pourraient également, souligner la nécessaire coordination des divers services dans ces pays et désigner ainsi un coordonnateur au renseignement, à l'instar de la Côte d'Ivoire. Mais cette disposition doit être inscrite dans la loi.

3/ Une revue à la hausse, des budgets dédiés à la lutte contre le terrorisme est nécessaire pour garantir l'ensemble de mesures tant techniques, qu'humaines. L'investissement, l'équipement, la formation et le fonctionnement devront être reconsidérés à la hausse. Sans un tel effort financier, cette lutte sera vaine.

4/ Le renforcement du cadre légal de la lutte contre le terrorisme est très important. En effet, une loi ou des lois consacrées à la prévention, à la répression et à la protection devront être introduites dans les pays africains afin que l'arsenal juridique soit complet. Bien souvent un aspect est pris en compte au détriment d'un autre. L'exemple de la Côte d'Ivoire est édifiant sur ce point. Le gouvernement ivoirien a adopté en février dernier, un projet de loi portant répression du terrorisme. C'est un bon début mais tout à fait insuffisant. A titre d'exemple, nous avons relevé les failles suivantes: - le projet de loi ne prévoit aucune disposition spécifique au cas des mineurs recrutés par ces groupes terroristes. - la protection des victimes et des agents des forces de sécurité impliquées dans cette lutte n'est pas prise en compte.- Aucune disposition spécifique ne protège le citoyen contre d'éventuels abus par les forces de sécurité dans le cadre de cette lutte, du fait de l'imprécision du texte.- La formation de juges anti-terroristes n'est pas mentionnée non plus. Ces juges de par leur spécificité et leurs compétences sont un maillon incontournable de la prévention et de la répression.

5/ L'anticipation de la radicalisation des jeunes en Afrique constitue un défi majeur. Sur ce point, il serait primordial que les pays africains développent un dispositif d'anticipation, donc de veille, permettant d'identifier, d'isoler et de traiter tous les cas potentiels de radicalisation. Il serait utile de créer des observatoires sous-régionaux du terrorisme et des dérives sectaires. Ces observatoires anticiperaient notamment la menace de radicalisation et travailleraient étroitement avec les services spécialisés des pays membres, pour dé-radicaliser tout jeune potentiellement victime. La prévention et la surveillance devront aussi être de mise dans cette lutte contre la radicalisation. Des moyens financiers devraient donc être dégagés à cet effet, pour sensibiliser les populations quant au risque de radicalisation et ses conséquences légales, mais aussi pour surveiller et prendre en charge de façon efficace les individus déjà radicalisés.

6/ L'implication des communautés dans la lutte contre le terrorisme est tout aussi importante. En effet, la réussite de la lutte contre ce fléau, est aussi une question d'inclusion. Les communautés rurales sont bien souvent victimes des attaques des groupes terroristes, mais aussi constituent un vivier de recrutement. Il faut donc les impliquer en tant qu'acteur de veille sécuritaire, les former à cet effet et désigner des ilotiers, chargés d'alerter les autorités de toute incursion terroriste ou acte de terreur.

7/ L'une des dimensions rarement prise en compte est la "résolution de conflit". En effet, dans le cas de Aqmi au Mali et de l'EI au nord du continent, il apparait clairement que ces groupes profitent d'une situation de conflit chaotique, pour agir. Au Mali par exemple, le MNLA s'est désolidarisé des groupes terroristes, mais voit ses efforts étouffés par la nébuleuse terroriste qui règne dans le nord du pays. En conséquence, la consolidation de la paix et la reconstruction post-crise sont des facteurs essentiels, pour endiguer la progression islamiste radicale dans des pays dits fragiles, en situation de conflit ou post-crise.

8/ L'éducation, enfin, constitue une arme redoutable contre la terreur! En effet, les pays africains devraient développer des programmes dédiés à un enseignement sur le terrorisme en général et à ses conséquences. Cette sensibilisation débuterait dans les écoles. Il appartient donc aux ministères chargés de l'éducation dans ces pays, d'engager cette réflexion et de proposer des solutions idoines.

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serrurier paris 09/03/2015 02:30

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