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Publié par Jean-François CURTIS

Des gendarmes ivoiriens (archive)
Des gendarmes ivoiriens (archive)

La question de la professionnalisation de l'armée ivoirienne, est un sujet qui depuis plusieurs décennies demeure épineux. En effet, après plusieurs crises politico-militaire, la Côte d'Ivoire se reconstruit tout doucement sur des fondements encore fragiles. Les commentateurs de l'actualité nationale, tendent à dissocier l'avènement d'une armée professionnelle de la stabilisation du pays. Comment bâtir une armée professionnelle, lorsque les causes des crises politico-militaires qui ont secoué le pays, ne sont prises en compte que partiellement dans la résolution de ces crises? Les multiples manquements des soldats ivoiriens ont terni leur image, puis contribue à une mal gouvernance du secteur de la Défense nationale (Transparency International Government Defence Anti-Corruption Index 2013, classe la Côte d'Ivoire dans les pays à haut risque de corruption dans le secteur de la défense). Les massifs recrutements insuffisamment qualitatifs, opérés durant et après toutes ces crises, dont la dernière a été celle de 2010, sont venus dissoudre les acquis des années 70 et 80 qui ont été les années de références pour l'armée ivoirienne jusqu'au coup-d 'état de 1999. Les FANCI (Forces Armées de Côte d'Ivoire), ont été un modèle jusque dans les années 90 car éprises de professionnalisme et de valeurs républicaines.

Le Président Ouattara, dans ses diverses allocutions destinées aux armées, a toujours mis l'accent sur le professionnalisme et la nécessité de bâtir une "armée émergente". Il a constamment mis en garde les Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI depuis 2011), quant à leurs comportements qui doivent être le reflet de la discipline, du civisme et des valeurs républicaines. Il a aussi rappelé aux militaires, leur place dans la société en qualité de garant de la liberté et de l'intégrité territoriale. Mieux, il leur a rappelé que leur devoir est de servir la nation. Par ailleurs, de tous les maux qui minent les armées, la corruption, les abus divers et l'instrumentalisation politique demeurent les préoccupations les plus combattues mais encore actives.

L'on ne peut considérer la professionnalisation des armées sans la définir. Qu'est-ce que donc une armée professionnelle? La professionnalisation d'une armée, est sa profonde transformation qualitative au niveau de son personnel. Cette transformation vise à améliorer l'outil de défense national, pour en faire un outil de référence et efficace. Elle s'accompagne d'une reconsidération des effectifs (réduction, rajeunissement, féminisation, formation, profession, carrières, voie académique, etc.), pour s'adapter aux nouvelles missions. Dans la plupart des cas, la professionnalisation des armées est une conséquence d'une politique de défense évolutive, revue et améliorée. L'exemple de la France dans ce domaine est édifiant à plus d'un titre, malgré les multiples polémiques qui en ont découlé. La professionnalisation met donc l'accent sur le renforcement des capacités des soldats, tout grade confondu. La formation est au cœur de la professionnalisation aussi appelée "armée de métier". Pour dire les choses simplement, en faisant le choix de la professionnalisation d'une armée, un Etat fait le choix de la qualité de son armée dans sa formation et sa technicité. La professionnalisation répond à des exigences tant endogènes (faible niveau d'éducation et de formation), qu'exogènes (nouvelles menaces du type cyberguerre, terrorisme etc.) qui nécessitent de nouvelles réponses, adaptées à la réalité et permettant de faire face à tous les défis.

En Côte d'Ivoire, la professionnalisation des armées dispose d'un cadre de mise en œuvre qui est depuis 2011, la Réforme du Secteur de la Sécurité (RSS). En effet, cette vaste transformation qualitative de l'ensemble des acteurs du secteur, vers une meilleure gouvernance de la sécurité, intègre notamment des réformes spécifiques aux armées visant ainsi la professionnalisation. L'illustration de cette professionnalisation en cours est le renforcement des capacités des officiers et sous-officiers depuis quelques années ainsi que la mise en place d'unités spécialisées (CCDO, Forces Spéciales, etc.). Historiquement, la professionnalisation des armées en Côte d'Ivoire, a connu quatre grandes périodes:

1/ de 1970 à 1990: la période de construction et de consolidation des armées. Dans cette période, les armées ont connu leur heure de gloire et la question de la professionnalisation a été du ressort exclusif du ministère de la Défense.

2/ de 1990 à 2002: la période des bouleversements (coups-d'états) et de l'instrumentalisation politique sans précédent. Là aussi, le ministère de la Défense était l'unique acteur d'une éventuelle professionnalisation.

3/ de 2002 à 2010: la période des grandes réflexions sur la défense ou les balbutiements de la professionnalisation. Dans cette période, l'acteur majeur de la professionnalisation est devenu du fait du contexte politique, le Cabinet du Premier Ministre, pilote du Groupe de Travail sur la Refondation et la Restructuration des Armées (GTRRA). Ce groupe de travail réunissait tous les acteurs de la défense nationale, pour proposer une nouvelle politique de défense assortie d'un plan de professionnalisation et de réunification des forces antagonistes (FANCI/FAFN).

4/ depuis 2011: La Présidence de la République, à travers le Conseil National de Sécurité, pilote la professionnalisation des armées dont le socle a été en 2012, le Groupe de Travail sur la Réforme du Secteur de la Sécurité (GTRSS), organe de réflexion sur ladite réforme et sa mise en œuvre. Les FANCI sont devenues FRCI.

Ce bref rappel historique, met en exergue une évolution majeure, dans l'appropriation de la professionnalisation à l'échelon national. Du ministère de la défense (1970-2002) au Cabinet du Premier Ministre (2002-2010) pour se retrouver à la Présidence (2012-) de nos jours. Une appropriation crescendo. La professionnalisation des armées n'a jamais été décrétée officiellement mais elle est implicitement citée dans tous les textes de référence, tels que les accords politiques depuis 2003, la politique de sécurité nationale ainsi que la stratégie nationale de RSS. Il y a donc eu plusieurs tentatives pour rendre rationnelle "l'armée de métier" en Côte d'Ivoire, mais nous n'en sommes pas à l'heure du bilan car c'est seulement depuis 2011 que ce projet a été véritablement engagé.

Une fois ce bref état des lieux de la professionnalisation des armées en Côte d'Ivoire réalisé, il apparaît plus qu'essentiel de rappeler quelques défis à relever dans ce vaste chantier qu'est la mise en place d'une armée de métier:

1/ La prise en compte des préalables socio-politique constitue une priorité dans la professionnalisation des armées. Ainsi les sujets liés à la réconciliation nationale et à la stabilisation post-crise doivent être résolus pour garantir une professionnalisation réussie. N'oublions pas que le ciment d'une armée est sa cohésion. A ce titre, elle doit notamment, être un modèle de tolérance et refléter la nation dans sa diversité. Les germes de la discorde ne doivent en aucun cas y demeurer.

2/ Un état des lieux exhaustif de la professionnalisation des armées est plus que nécessaire. En effet, malgré les tentatives de professionnalisation et les multiples audits réalisés, qu'en est-il aujourd'hui des acquis? Où en sommes-nous avec cette professionnalisation? Quelles sont les faiblesses et forces des initiatives prise jusqu'ici? Il est urgent de conduire une évaluation de la professionnalisation des armées en Côte d'Ivoire pour actualiser les données existantes.

3/ L'élaboration d'un programme stratégique de professionnalisation des armées s'impose. Sur ce point il est bon de rappeler l'urgence d'une réflexion approfondie sur la professionnalisation des armées à l'horizon 2025. Ce programme stratégique tiendra compte des études déjà réalisées sur le sujet, proposera les grands axes de cette professionnalisation et traduira en chronogramme les actions retenues à cet effet.

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Guy Leh Bi 20/05/2017 00:50

Les réformes faites au sein de l'armée depuis 2011 sont sans conséquence??...