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Publié par Jean-François CURTIS

Le "Traité de Stratégie", œuvre majeure d'Hervé Coutau-Bégarie consacrée à la stratégie en tant que Science mais également Art, identifie plusieurs courants de pensée dédiés à la stratégie. Il ressort de cette oeuvre que ces courants de pensée ont surtout émergé d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Comment se fait-il, que l'Afrique n'est pas produit de courants de pensée basés sur les exploits de ces rois et conquérants divers? D'autant plus, que le continent africain a connu de nombreuses périodes de guerres et de conquêtes. Il faut dire que pour l'essentiel, il y a presque autant de tendances que d'auteurs mais de manière très schématique, trois grandes écoles coexistent encore aujourd'hui d'après Coutau-Bégarie :

1/ "L'Ecole Classique": Elle est centrée sur la conduite de la guerre et refléte la conception traditionelle de la stratégie. Elle se caractérise par un paradigme unique, à savoir, "la victoire" reposant sur "la stratégie en tant qu'art du général". En d'autres termes, un chef de génie et un chef médiocre déterminent le succés ou l'échec! Cette école regroupe tous les grands noms (les fondateurs: Sun Tzi, Machiavel, Clausewitz, etc.) de la pensée stratégique, depuis sa formation jusqu'à l'époque moderne et demeure vivace.

2/ "L'Ecole Néo-classique": Elle est apparue à la fin du 19ème siècle, lorsque de grands bouleversements tels que l'émergence des sciences sociales et le progès des études scientifiques, ont conduit à une prise de conscience plus nette de l'environnement de la stratégie. Le paradigme reste celui de la victoire mais la guerre est désormais incluse dans un horizon conflictuel plus vaste (dimensions non militaires telles que la géographie, l'histoire et les disciplines civiles). Cette école est illustrée par de grands noms de stratéges tels que l'Amiral Castex, Bernard Brodie et le Général Beaufre.

3/ "L'Ecole Moderne": Cette école ne s'est véritablement développée qu'après 1945. Le paradigme de la victoire est abandonné, la stratégie tend à être traitée comme une science sociale pluridisciplinaire et multidimensionelle, dont les finalités sont infiniment plus variées que la recherche de la victoire. Cette évolution de la stratégie est le fait de chercheurs civils mais aussi militaires tels que l'américain Thomas Schelling et le français Général Lucien Poirier.

 

Une analyse pragmatique de ces trois écoles, fait ressortir une lacune majeure, à savoir, l'absence des africains dans l'émergence de la pensée stratégique. Comment peut on expliquer une telle inconsistance historique? Les africains sont-ils absents du fait de l'inexistence de récits de leurs exploits ou simplement d'une tradition orale limitatrice ou encore du fait d'une falsification de ces exploits?

Les grands faits d’armes des stratèges africains sont méconnus car non publiés au mieux. En effet, comment expliquer que les quelques stratèges africains, qui ont combattu la colonisation sous toutes ses formes n’ont pas fait l’objet d’études, de la part d’experts occidentaux, ne serait-ce que par simple curiosité intellectuelle? Pourquoi ces stratéges africains ne sont-ils pas cités comme références? A titre d'exemple, "la guerre de mouvement", a également été l'une des stratégies utilisées par Samory Touré, pour venir à bout de l'envahisseur français.

Leurs techniques de combats, les stratagèmes utilisés par ces-derniers sont-ils identifiés et recueillis dans des oeuvres? Il est vrai, que les sociétés africaines ont été pour beaucoup des sociétés orales. Cependant, il est également apparu qu’au Mali, précisément à Tombouctou, réside une bibliothèque exceptionnelle qui mériterait d’être parcourue afin d’y trouver pourquoi pas des écrits sur les grands rois africains tels que Soundiata Keita et Samory Touré!

Il est primordial qu’au 21ème siècle, dans un souci de "mémoire", les intellectuels, spécialistes des questions de stratégies ou autres disciplines et les anthropologues se mobilisent pour réhabiliter "la mémoire des stratéges africains" et promouvoir ainsi, « la dimension africaine de l’art de la guerre ». Pour se faire, une analyse des "Manuscrits de Tombouctou", pourrait dévoiler bien des aspects d'une "stratégie africaine". Les exploits de Samory Touré sont d'ailleurs les plus édifiants et les plus riches compte tenu du nombre de victoires obtenues, face aux expéditions françaises. 

Une telle initiative permettrait de confirmer la contribution des africains à l'émergence de la pensée stratégique et de valoriser la dimension africaine de la stratégie depuis sa création, en dépit du fait qu'il existe peu d'écrits en la matière ou alors que ces écrits restent inaccessibles (notamment les manuscrits de Tombouctou en arabe ou en écriture ajami). Les africains sont donc responsables de l'impérieuse réhabilitation de leurs grands stratèges.

Samory Touré, le Coran entre les mains.

Samory Touré, le Coran entre les mains.

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