Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Léandre ANOMA-KANIE

La culture stratégique, pilier de l'émergence

Il nous a été donné de remarquer dans l’espace réflexif et géopolitique ivoirien, à l’instar de sa facture africaine, un manque de véritable culture stratégique et un déficit de perceptions en matière de stratégie de défense et de sécurité. La stratégie porte en elle-même cependant, les paradigmes d’une vision que peut exploiter tout Etat, en quête de construction et de stabilité.

Les modèles de gouvernance mondiale sont confrontés à la prégnance du terrorisme à grande échelle, au narcotrafic, au crime organisé, dans un univers en proie au chaos, et dans lequel l’on a l’illusion de vivre un monde de plus en plus prométhéen. Dans cette perspective cognitive, la stratégie globale demeurera encore la meilleure méthode pour parvenir aux finalités d’un projet politique, grâce à une démarche discursive, objective de réalisme.

Les pays les plus évolués de la planète l’ont compris et inscrits dans la gestion des crises internationales, conscients qu’ils sont, que les crises actuelles se créent et se défont selon des paradigmes nouveaux. Ils sont liés très souvent aux connexions entre les acteurs d’une même zone géographique et à l’étendue de leurs ramifications mafieuses dans plusieurs pays, voire même sur plusieurs continents. Les enjeux dans un monde de préservation mais également de concurrence, s’en trouvent ainsi redéfinis. Il s’agit ni plus ni moins pour tout Etat, en raison de ses effets induits sur la configuration politico-stratégique du monde et des continents, d’une perception nouvelle de la dimension globale de sa politique de sécurité et de défense. Les États-nations africains, régions ou continents, qui se voudraient autonomes mais interdépendants, en sont ainsi interpellés, et devraient mieux intégrer cette dimension dans les réflexions conduites sur leur développement.

Non surfait, le constat amène à admettre, en matière de stratégie, que les dirigeants africains, par trop hésitants à se donner une vision d’ensemble sur les grands enjeux d’un monde en pleine évolution, éprouvent, comme par une sorte de fatalité ineffable, des difficultés à anticiper les menaces ou autres cataclysmes qui se profilent, et qui pourraient annihiler les efforts vers le développement endogène de leurs Etats.

Dans cette dynamique, ces pays sont en en quête perpétuelle de développement et d’équité au niveau international, se rendent compte de plus en plus que cette grande stratégie mondiale, évolue selon une variante dissymétrique. La première, formée par la réalité d’Etats surpuissants et puissants, qui tentent inlassablement d’instaurer un nouvel ordre international, mais où la compétition effrénée entre Etats et groupes d’intérêt se créent et se défont au gré d’alliances circonstancielles. La seconde, souvent imbriquée à la première, d’essence manichéenne, celle d’« Etats salvateurs », qui marquent leur présence, par l’efficacité de leur machine diplomatique et militaire face aux menaces nouvelles multiformes.

Face à cette implacable réalité, les politiques de développement de nos Etats africains, doivent impérativement intégrer la dimension stratégique globale et normative, conçue en y adoptant les règles de conduite exigées par les réalités de la géopolitique et les relations internationales. Là se trouvent les bases de la structuration et l’émergence d’une économie industrielle, qui serait à même de porter les espérances des peuples. La réflexion stratégique (au risque de lui accorder la prééminence) devrait ainsi être privilégiée dans l’élaboration des politiques, plans ou schèmes de développement intégré de nos jeunes Etats, y compris par le biais des alliances pérennes. Il faut éviter en effet, que toute supériorité théorique d’une conduite stratégique appropriée tant recherchée, puisse faire place à un état d’infériorité dans la pratique.

L’ingéniosité de tout schéma émergent, nécessite dans sa mise en œuvre, de tenir compte d’une myriade de décisions de détail, d’essence politico-stratégique. Il s’agira de mener une intense réflexion et, de façon permanente, d’optimaliser les objectifs de la politique de défense et de sécurité nationale dans sa globalité, et de faire face aux nouvelles menaces avec l’aide de partenaires extérieurs. Faire également converger, de façon concertée et imaginative, des solutions qui soient supérieures à l’improvisation et à l’empirisme, souvent emprunté pour conduire les actions sur notre continent africain, encore trop porteuses de vernis stratégique.

«Une discipline n’a pas besoin d’avoir des applications pratiques pour être digne d’attention: l’étude de la stratégie doit être sa propre récompense, car elle est la seule qui puisse expliquer la persistance fascinante et les déconcertantes contradictions qui marquent l’expérience humaine des conflits », tranche, sans nuance, Edward Luttwak, expert dont les études en la matière font autorité.

Commenter cet article