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Publié par Jean-François CURTIS

L'épidémie Ebola qui secoue fortement l'Afrique de l'Ouest, reflète la fragilité des états de cette région ainsi qu'un ensemble de dysfonctionnements majeurs tant au niveau national, régional, qu'international. Cette analyse ne vise donc pas à critiquer négativement les efforts consentis par tous pour lutter contre ce fléau, mais plutôt à mettre en exergue ce qui n'a pas fonctionné et les stratégies de prévention et de lutte à développer rapidement. N'oublions pas qu'officiellement, selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), au 14 octobre 2014, Ebola a fait 4447 victimes et 8914 malades.

Leçon n°1: L'insuffisance des mesures nationales

Ebola est aujourd'hui une menace majeure pour la sécurité nationale des pays de la région. Cependant, les pays voisins des états affectés n'ont pas à ce jour suffisamment mobilisé leurs forces de sécurité et de défense pour renforcer la surveillance des frontières et leur inviolabilité. L’on peut aujourd’hui utiliser le terme de « miracle » qu’en Côte d’Ivoire notamment, aucun cas d’Ebola n’ai été décelé.

À ce jour, les mesures prises pour éviter que la propagation n’atteigne les pays frontaliers, incluent la fermeture de certaines frontières, des dispositifs de détection aux aéroports et des recommandations faites aux populations par les ministères.

Ainsi, tous les états voisins (notamment la Guinée-Bissau, le Sénégal, le Mali et la Côte-d'Ivoire) devraient mettre en place, des mesures spécifiques à leurs frontières, comme le pré positionnement des forces de sécurité, avec des moyens de détection, la création de chambres d'isolement dans les hopitaux, répondant aux normes internationales et l’installation « d’unités de confinement mobiles" prêtes à prendre en charge d’éventuels cas. Ces mesures impliquant la mobilisation des forces de sécurité, viendraient renforcées les dispositions déjà prises en matière de prévention. "L'état d'urgence" devrait d'ailleurs être décrété dans les villes frontalières des pays affectés compte tenu de la porosité des frontières.

Leçon n°2: La léthargie de la CEDEAO

La CEDEAO en tant qu’organisation sous régionale, aurait dû anticiper la menace de la propagation et adoptée des mesures de prévention à tous les états-membres. En effet, depuis décembre 2013, l’absence d'anticipation et de réactivité a juste contribué à la diffusion de la maladie. La CEDEAO devrait avoir, dès les premières heures de l'apparition d'Ebola, mobilisé tous les états-membres pour sécuriser les frontières et adopter des mesures communes, afin d'endiguer la progression de la maladie. De plus, la CEDEAO aurait pu, organiser une réunion extraordinaire pour tous les chercheurs de l'Afrique occidentale (des docteurs, des professeurs etc.), ou au-delà de l'Afrique occidentale, pour impulser la recherche régionale sur cette maladie avec l'aide de l'Union Africaine et de la communauté internationale. Des ressources financières auraient également été mobilisées pour financer cette recherche et combattre ainsi ce fléau. Enfin, un dispositif d'alerte et de surveillance plus efficace aiderait à mieux appréhender et suivre l'évolution de l'épidémie.

Leçon n°3: La communauté internationale débordée

M. Ban Ki-moon, Secrétaire Général de L'ONU, a demandé l'engagement ferme de la communauté internationale dans l'aide aux pays affectés, en fournissant les moyens appropriés qui incluent le personnel de santé, les ressources financières et l’appui technique. De plus, l'Organisation Mondiale de la Santé a annoncé que la propagation de la maladie a été en grande partie sous-estimée et que les chiffres devraient être multipliés par 1.5 ou 2. Les prévisions elles aussi sont alarmistes car toujours selon l’OMS, les nouveaux cas d’Ebola pourraient atteindre en Afrique de l'ouest, entre 5000 et 10 000 personnes/semaine dès décembre 2014.

Jusqu’au mois d’aout dernier, la mobilisation internationale a été lente. Pour preuve, le fait que des vaccins expérimentaux ont été rendus disponibles seulement lorsque deux Américains ont été infectés par Ebola. Ces remèdes expérimentaux pourraient avoir été testés sur des Africains affectés beaucoup plus tôt. D'autre part, les ONG telles que "Médecins sans des Frontières" (MSF) et la Croix-Rouge, sont intervenues dès décembre 2013 pour souligner le fort risque de propagation d’Ebola ainsi que le manque criard de ressources tant humaines que matérielles.

Cependant, depuis septembre 2014, la mobilisation internationale est bien plus visible et ressentie sur le terrain, à l’instar de la mobilisation financière illustrée par les fonds conséquents mis à disposition pour la lutte contre Ebola.

Perspectives ou Stratégies de lutte

1/ Les pays africains devraient dans l'avenir, prendre l’entière responsabilité pour organiser leur propre réponse à n'importe quelle maladie et protéger leurs populations. De plus, une stratégie de mobilisation, combinant la prévention et le traitement devrait être définie et mise en œuvre. Il y va de la crédibilité du continent et de la survie de ses populations.

2/ L'Union Africaine devrait avant la fin de l'année, organiser un sommet pour encourager la recherche et la mobilisation de ressources pour des maladies comme Ebola qui touchent le continent africain (la malaria etc.). Ce sommet favorisera la recherche pour des remèdes et mettra en avant les capacités des chercheurs africains.

3/ L’absence d'une stratégie régionale concertée (mesures communes de santé et de sécurité), pour faire face à Ebola, pourrait causer sa propagation à d'autres pays dans la région dans les prochains mois. Il est donc urgent, que la CEDEAO définisse et mette en œuvre, une stratégie régionale cohérente basée sur une mobilisation de ressources, tant techniques que financières.

4/ Chaque état africain devrait se doter dans l'avenir, d’un plan national de lutte contre Ebola et d'autres maladies dites "africaines" pour les prévenir et leur faire face. Une anticipation efficace ainsi qu’une meilleure préparation, pour toutes sortes de crises, prévalent toujours lorsqu'il s'agit de faire face à des maladies du type Ebola.

5/ Les organisations internationales telles que le FMI et la Banque Mondiale, devraient exiger pendant des négociations de prêts avec les pays africains, la formulation et la mise en œuvre de plans nationaux détaillés, pour la recherche et la lutte contre les maladies dites « africaines ».

 

 

 

 

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