Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Léandre ANOMA-KANIE

L’ex chef d’état-major Mathias Doué président d’un groupe de travail ad’ hoc, a restitué le jeudi 2 octobre 2014 au ministre de la défense ivoirien Paul Koffi Koffi, le nouveau projet de code de la fonction militaire. Ce document faut-il le rappeler traite selon le président dudit groupe «du nouveau statut des forces républicaines de côte d’ivoire et de la gendarmerie nationale».

Ce code de la fonction militaire s’inscrit dans un cadre plus large, celui de la réforme de la défense initiée par le Président de la république depuis 2012. Cette grande réflexion a permis, au travers d’un document d’orientation stratégique, d’élargir cette vaste réforme des institutions de la défense au renforcement de son cadre juridique et institutionnel, par la prise de textes subséquents.

Selon les propos du Général Doué, ce nouveau code «vise la convergence du passé du présent et de l’avenir, afin d’améliorer les liens internes dans l’armée et les liens armée-nation, il marque une avancée doctrinale qui épouse la vision du chef suprême des armées en matière d’évolution de l’être humain». Il est constitué pour rappel, de trois livres au lieu de deux comme c’était le cas dans le précédent code né de la loi 95-695 du 7 décembre 1995 adoptée 5 ans après la mutinerie de 1990, et qui à ce jour est entrée dans sa 20eme année: « le statut général des militaires » « les réserves des forces nationales » « le service national ». Au terme de cet exercice, devrait être en toute logique, finalisée la loi de programmation militaire 2015-2019.

A l’analyse, ce nouveau code devrait contribuer à la restauration de l’image de l’armée, au renforcement de la discipline et la cohésion en son sein; à la consolidation également du lien entre elle et les populations. Le militaire nouveau ivoirien que ce code est censé incarner, devrait ainsi en toute logique, acquérir un nouvel état d’esprit en étant « bien formé, discipliné, professionnel, ouvert à la cohabitation du genre dans un monde moderne, respectueux des droits de l’homme et des institutions de la république, vivant dans un environnement sain et travaillant dans des conditions les meilleures».

Autrement dit un militaire qui connait son statut et qui sait surtout s’adapter aux nouvelles menaces du 21eme siècle et aux nouveaux défis armés dans un « monde multipolaire ». 

Nous pensons que cette étape nouvelle, importante dans la construction de la nouvelle armée ivoirienne, favorisera sa nécessaire adaptation au nouveau contexte géopolitique et géostratégique mondial. Elle vient à point nommé, pour permettre à la Côte d’Ivoire qui se veut être un pays émergent en 2020, de se doter de forces de défense et de sécurité nationale dignes, respectueuses des textes qui régissent leur fonctionnement et leur évolution dans la nation et pour la nation. Il est bon de rappeler que déjà, dans la cité antique il était fait cette mention: « L’état social et politique d’une nation, est toujours en rapport avec la nature et la composition de ses armées ».

Le nouveau projet de code traite essentiellement de l’évolution dans la carrière militaire que l’on évoque la question du statut, des réservistes ou du service national, il faut surtout voir en filigrane la question du recrutement. En effet, l’un des problèmes essentiels pour toutes les armées par-delà leur vocation et morphologie particulière, a été de tous temps depuis les gardiens de la cité chers à PLATON à Bonaparte avec sa «nation armée»,  celui de l’indispensable «recrutement» qui conditionne leur structure interne et externe, qu’elles soient érigées en corps professionnel, politique ou technique.

L’histoire des armées à travers le monde et dans le temps, nous a ainsi laissé entrevoir les différents clivages dans leurs structures internes entre populaires et hobereaux d’un côté et de l’autre, troupes de ligne et unités d’élite.                   

Si l’on met par contre en exergue la structure externe, là apparaissent les débats incessants entre le peuple et son armée articulés en trois questions fondamentales: armée permanente ou levée de circonstance; cité caserne, force citoyenne ou force mercenaire; enfin milices, conscription ou armée de métier. Cent fois quels que soient les vocables employés, l’histoire s’est en effet interrogée sur cette lancinante actualité.

Force est de constater cependant avec plus d’acuité en Côte d’Ivoire, que ce sont les conceptions morales, juridiques et politiques qui façonnent le plus les armées.

En Angleterre la conscription jugée comme une atteinte à « l’habeas corpus » du citoyen n’est acceptable que dans un cadre exceptionnel, en France au contraire le service militaire est l’une des expressions privilégiées de l’esprit de communauté et de l’égalité à laquelle ce peuple est si attaché.

On le dira cependant, non sans ce fort accent de sincérité, que les problèmes ne se posent plus aujourd’hui comme ils se posaient hier. Un faisceau de données est à considérer désormais, les complications qui ne favorisent pas l’éclosion d’un véritable « corps armé », demeurent bon gré mal gré, sociologiques, politiques, démographiques voire stratégiques étant donné la nouvelle géopolitique, plus que jamais techniques avec la réalité de l’avènement d’armements sophistiqués, enfin et surtout, financiers.

Pourquoi dès lors recruter et former des jeunes et moins jeunes au maniement de matériels de plus en plus complexes s’ils n’ont pas ensuite le temps de les utiliser, ou si c’est le cas en grande partie, dans des situations quasi- exceptionnelles symbolisées dans nos manifestations permanentes en quête de démocratie? Les appelés seraient-ils condamnés aux tâches auxiliaires voire futiles ? Leurs supérieurs sont-ils condamnés à ne jamais mener à terme une guerre offensive «étant entraînées et équipées en tant qu’armées opérationnelles, pour ne participer qu’à des opérations de maintien de la paix » dixit (Le Général Carter F. Ham).

Il est vrai, ces échecs de nos armées constatés çà et là sur les différents théâtres sur le continent,  ne tiennent évidemment pas à la qualité intrinsèque des hommes de troupe, ni à la formation des officiers (tout au moins les officiers supérieurs), issus souvent des meilleures écoles. Ce qui manque le plus cruellement à nos armées en gestation, outre la logistique et les moyens adéquats, c’est la motivation, le respect de la déontologie et le sens de la mission qui leur est confiée.

Il semble que le nouveau code tente de régler ces questions, dans la mesure où, il est précisé dans ce nouveau texte en terme d’innovation, et ce au titre de la gestion des carrières, que « le nouveau code offre la possibilité aux officiers sous contrat de changer de corps d’armée. Ainsi les militaires qui vont tôt à la retraite 55 ans pour les sous-officiers et 57 ans pour les officiers, pourront désormais soit se reconvertir dans des activités lucratives de leur choix,

soit être recrutés par la fonction publique, de même l’armée pourra accueillir des agents de la fonction publique ».

« Le militaire pourra surtout exercer des activités lucratives seulement à titre accessoire si l’activité en question est compatible avec la fonction militaire de même les hommes en tenue peuvent détenir des parts sociales et bénéficier des avantages qui s’y attachent ».

Pour rappel, Il n’y a pas un type unique d’armée de métier mais en théorie au moins deux: celui qui privilégie les carrières moyennes ou longues et qui mérite pleinement l’appellation de métier et un autre qui comme dans le système mixte, associant militaires de carrière ou sous contrat et personnel appelé dans des proportions différenciées selon les armées.

Les carrières sont ainsi réservées aux cadres et n’ouvre aux militaires du rang que des contrats de court terme «armée de volontaires» à l’anglo-saxonne ou sous Valmy « armée d’engagés », le second type ayant le mérite de rester plus près du soldat-citoyen, et éviter une coupure sociale et culturelle trop profonde entre armée et société.

Si le code nouveau permet de régler ces questions essentielles nécessaires à la motivation des troupes, en dehors du volet social qui du reste à sa grande importance en Côte d’Ivoire et dans nos pays en développement, à savoir la prise en compte de la gestion de la carrière des militaires, l’amélioration de leurs conditions de vie, de leurs conjoints et de leur progéniture, alors nous nous réjouissons grandement, et osons  espérer comme l’a mentionné le Général dans son adresse réussir la nécessaire « convergence du passé du présent et de l’avenir, afin d’améliorer les liens internes dans l’armée et les liens armée-nation».                                                                 

L'Armée ivoirienne défile!

L'Armée ivoirienne défile!

Commenter cet article