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Publié par Jean-François CURTIS

Le cycle du renseignement

Toute étude relative à la notion de « renseignement » impose une rigueur intellectuelle afin d’éviter de tomber dans une banalité déconcertante. De cette rigueur découle une impérieuse nécessité de guider le lecteur vers une définition admise étant entendu que renseignement et stratégie sont intimement liés. Le renseignement permet de bâtir une stratégie à partir d'informations fiables.

Nous n’avons pas la prétention de disposer de l’unique définition du renseignement et de son lien à l’information mais il nous paraît judicieux de synthétiser l’ensemble des définitions admises pour en faire un schéma lisible, digeste et compréhensible. La confusion qui règne autour des notions « d’information » et de « renseignement » tend à enrayer tout dispositif de renseignement du fait qu’à bien des moments la rumeur prend le dessus et est assimilée à tord à une information voir un renseignement.

Ainsi, il nous a semblé juste de synthétiser les définitions retenues par Jacques Baud, « ancien membre des services de renseignement suisses et expert en politique de sécurité » dans son œuvre parue en 2002 chez Lavauzelle et intitulée « Encyclopédie du renseignement et des services secrets ».

  • L'information

Matériel (photographies, films, dessins, textes…) non-exploité et non-évalué présentant un intérêt pour un service de renseignements. Elle est également appelée renseignement brut.

  • Le renseignement

1) Information évaluée et exploitée ayant passé le cycle du renseignement et prête à être livrée à un client des services de renseignements. Le renseignement doit être adapté au client et à ses besoins en quantité (ne doit être fourni que ce qui est nécessaire) et en qualité (le contenu du renseignement et la terminologie doivent lui être adaptés)

2) Ensemble des activités visant à rechercher et exploiter des informations au profit d'un état et de ses forces armées. Il est exécuté aux niveaux stratégique, opératif et tactique, dans les domaines les plus variés (économique, militaire, politique, social, environnemental etc.)

  • Le cycle du renseignement

Processus à l'issue duquel les besoins de renseignements du client sont couverts. Il se divise en 4 phases:

1) Planification et conduite: Détermination des besoins en renseignements, planification de la collection, émission des ordres et des demandes aux services de recherche et un contrôle constant de la productivité des instances de recherche.

2) Collecte: Recherche d'informations auprès de sources, en fonction d'une planification, par les services de recherche et diffusion des informations recueillies aux organes d'exploitation de renseignements appropriés.

3) Exploitation: Etape au cours de laquelle l'information devient un renseignement à travers une évaluation (probabilité de l'information), une collation (comparaison et rassemblement des informations de manière thématique), une analyse (extraction des éléments significatifs et conclusions), une synthèse et une interprétation.

4) Diffusion: Acheminement des renseignements sous une forme appropriée (orale, graphique ou écrite) aux organes qui en ont besoin (clients).

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TerryBadGirl 10/10/2014 16:48

Certaines administrations en Afrique dans les annees mono partiste s'appuyaient sur les renseignements internes afin de protéger les interets du parti unique... avec la montée de l'extremisme style boko haram et aqmi j'aimerais bien savoir ce que le cycle du renseignement decrit dans cet article peut faire... en effet face a ce genre de menace il est de mon avis que les medias jouent un role nefaste au fonctionnement optimale des services de renseignements... surtout lorsque l'absence de synergie au sein de la CEDEAO ou de l'UA est remarquable.....

JFC 10/10/2014 17:57

En effet, votre analyse est pertinente dans la mesure où, un usage limité et biaisé a été fait des services de renseignement par certaines administrations africaines. Aujourd'hui le cycle du renseignement classique décrit ici fonctionne toujours et ne perd en rien de son efficacité car il s'agit des fondamentaux qui bien souvent sont mal exploités par ces administrations dont vous parlez. En revanche une modernisation et une réforme en profondeur des services de renseignement africains est plus que nécessaire pour faire face aux nouvelles menaces asymétriques, auxquelles elles ne sont pas automatiquement sensibles car inhabituelles. D'ailleurs, Le problème n'est pas le terrorisme mais la capacité d'un dispositif de renseignement à anticiper une menace nouvelle et de la cerner dans toute sa complexité. Il faut bien le reconnaitre, sans l'appui technique occidental et sa logistique, dans le cas du Mali, les services de renseignement de la CEDEAO seraient très vite dépassés.
Concernant le rôle des médias, il n'est pas si néfaste que cela puisque l'information, même dans sa forme la plus brute, est toujours utile. Il est du devoir des services de renseignement d'anticiper les menaces et de les circonscrire avant même que les médias ne fassent leur travail.
Enfin, pour ce qui est de l'absence de synergie africaine en matière de renseignement, il faut simplement reconnaitre que le problème du terrorisme en Afrique de l'Ouest est venu surprendre les dirigeants de cette région. Aussi n'oublions pas que le problème en Afrique est souvent l'absence d'une cohérente stratégie nationale relative au renseignement. De plus les moyens modernes utilisés en occident pour anticiper la menace terroriste et surveiller les groupes extrémistes, fait simplement défaut aux services de renseignement de la sous-région.
En conclusion le cycle du renseignement ici décrit est toujours viable, il serait judicieux, que de cohérente réformes soient faites au niveau des services de renseignement africains et qu'enfin, une synergie pragmatique et réaliste soit mise en place avec l'appui de partenaires extérieurs.